Carnet de Voyage

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mercredi 23 janvier 2008

Séjour à Dakar, à Ecopole ENDA Tiers-Monde.

Pour terminer notre grande aventure et notre petit passage à Dakar, il s’agissait quand même de parler un peu de choses sérieuses et donc un peu de travail. Principalement il s’agit d’un élément dont nous avons été toujours soucieux dans notre projet : la « relève » qui va nous remplacer l’an prochain.
À Dakar il y a une deuxième école dont Strate Collège est aussi partenaire comme pour le Conservatoire de Bamako.
Cependant après dix ans d’échanges, cette année fut stérile puisqu’aucun étudiant français n’a choisi cette destination.
Nous voulions ainsi profiter de notre passage au Sénégal pour représenter l’école, montrer que l’échange est toujours bien d’actualité et surtout pouvoir revenir avec des images et des informations nécessaires pour convaincre les futurs « 4ème année » de se joindre à ce partenariat.
Car dès notre retour, chaque étudiant ayant goûté aux fameux échanges internationaux, est chargé de présenter un petit exposé de son voyage devant toute sa promotion ainsi que celle de l’année inférieure, future concernée.
L’objectif est de promouvoir chaque destination. De donner envie et d’informer les 3ème année qui comme nous l’an passé, sont un peu déboussolés par cette fabuleuse expérience.
Nous n’allons pas être déçus par notre visite à Ecopole.
Nous prenons donc contact avec eux après que Yves ait perdu malgré lui, plus de deux fois le numéro de téléphone de l’école.
On arrive enfin à s’y rendre. L’école est située dans un bidonville de Dakar non loin de la grande Mosquée.

Ça bouge dans le quartier. Ça sent une odeur de pourriture et d’épices que nous avons déjà rencontrée dans les marchés marocains. De gros camions de marchandises de couleur jaune évidemment sont stationnés devant l’institution.




Nous passons le portique et nous nous présentons à l’établissement.
Nous n’étions pas attendus mais ce n’est pas grave. Ni une ni deux, nous sommes accueillis comme des rois. On nous installe dans une salle, avec Internet et tout le tralala en attendant la direction qui ne devrait pas tarder à arriver.
Puis tout le monde nous salue en arrivant fièrement à l’école. C’est enfin au tour de Zéna, que nous attendions, de venir vers nous.
C’est la directrice adjointe de la Maison. Elle nous embrasse avec plein d’énergie, montrant que nos deux établissements partagent vraiment des rapports très amicaux.
Elle nous accueille ensuite dans son bureau pour discuter.
Elle est ravie de notre visite ici. C’est totalement réciproque.
Elle commence alors à nous parler de l’établissement que nous sommes venu découvrir.
En réalité ce n’est pas une école, mais une institution qui combat « la pauvreté ».
« L’Ecopole est née d’une décennie de luttes menées avec ENDA : celle des bidonvilles des grandes cités Africaines, de multiples groupes de bases ( jeunes, femmes, petits métiers, artistes...), d’associations, de municipalités et de plusieurs administrations – contre la pauvreté, pour un environnement meilleur et pour une citoyenneté effective.
Ce qui bouge dans la ville, ou dans d’autres, l’Ecopole s’en fait l’écho.
Elle expose, crée, débat et redistribue. Lieu de contact, de production, de formation, d’échanges multimédia, elle se veut, par rapport à l’économie populaire, une « caisse de résonance » et une instance d’appui multiforme et évolutif ».
Voilà les grandes lignes de son discours. Il sensibilise tout le monde qui l’écoute. On a à faire à une boîte qui fonctionne et qui bénéficie de pratiquement 40 années d’expérience. Aujourd’hui elle se déploie dans plus de 13 sites à travers le monde et ses locaux à Dakar en représentent le siège.
C’est totalement incomparable avec le Conservatoire de Bamako.
Quand celui-ci est naissant, encore aseptisé par l’aide gargantuesque de l’Union Européenne dont il a du mal à tirer la qualité d’une véritable formation internationale, ENDA Tiers-Monde quant à elle, est autonome, efficace et lucide quant à ses objectifs tout en fonctionnant avec le minimum. Evidemment ça charme quiconque s’y intéresse, surtout nous qui avons dû tant nous battre à Bamako pour mettre en place des choses qui, ici, sont des évidences.
C’est en tous cas très intéressant pour nous et encore plus pour ce qui pourra être fait entre Bamako et Dakar dans le futur. À première vue, l’échange avec l’Afrique et ces deux établissements ne peut être que plus fort l’an prochain.
Cependant nous ne pourrons pas rester plus longtemps ici.
Comme nous choisissons bien nos moments pour arriver à l’improviste, celui-là est pour l’école le moment de partir en manifestation. Une manifestation contre les fameux APE (Accords de Partenariat Economique).
Des APE dont personne n’a entendu parlé en Europe et dont tout le monde s’inquiète en Afrique.
Et pourtant c’est bien l’Europe qui les a proposés. Le principe : faire des accords économiques privilégiés avec des pays d’Afrique en supprimant entre autres les taxes douanières pour soit-disant faire davantage mûrir la croissance réciproque. Seulement, bizarrement, l’Afrique du Sud et le Sénégal qui sont parmi les économies les plus fructueuses d’Afrique ne l’entendent pas de la même oreille. Ils sont apparemment suffisamment développés pour voir l’arnaque arriver à leurs portes. Leur économie encore trop fragile ne résisterait pas un seul instant aux déferlantes de produits manufacturés européens, plus modernes, mieux conçus, mieux organisés… les conséquences seraient ainsi désastreuses pour tout un continent qui peine déjà à s’en sortir.
Nous ne dirons pas le contraire, nous qui avons vu à Bamako ce dont était capable Total ou Orange apparemment en quelques années. Etouffer toute la concurrence.
Petit aparté de politique économique pour dire un peu ce qui se passe ici.
Evidemment nous soutenons cette révolte. Mais malheureusement nos petites têtes de « blancs » ne pourront prendre le risque si près du grand retour, de se glisser dans la manifestation prévue cet après-midi.
Nous compatissons totalement en tout cas.
Donc petit break de deux jours entrecoupé par l’aventure sur la fameuse île pseudo bretonne dont vous connaissez déjà les récits, avant de revenir à Ecopole.

Nous sommes donc de retour à ENDA après un bon moment de repos à Gorée.
Cette fois-ci, Zéna doit nous faire visiter les locaux et les activités qui se déroulent à ENDA.
Un des intervenants nous prend sous son aile et nous emmène pour la visite.

On passe d’abord dans les locaux administratifs, de réunion, les salles polyvalentes et bien sûr nous arrivons vers les ateliers.
Ces ateliers sont au nombre de quatre aujourd’hui quand ils étaient onze il y a quelques années. La cause est un remaniement du rôle de l’établissement qui, pour cause de budget ne forme plus de manière active les jeunes des quartiers défavorisés à des métiers d’artisanat et de récupération.
En revanche, elle leur propose des locaux pour leurs ateliers et leur permet de s’autogérer : formation entre eux des jeunes, appui logistique et soutien pour réaliser des commandes avec l’extérieur.
Nous sommes impressionnés par leur production.
On entre ainsi dans le premier atelier. Celui-ci réalise un travail à base de feuilles d’aluminium. Celles-ci proviennent des usines d’agro-alimentaire du port de Dakar, et sont des impressions de packaging loupées. Ici elle retrouveront une nouvelle vie sous forme de petites créations que nous avons tous déjà vues. Elles seront revendues aux touriste de passage à Dakar voire même exportées en Europe dans des marchés.


Le deuxième atelier est un atelier de poterie. Chaque pièce produite est unique.
Le suivant est un atelier de fil de fer. C’est vraiment impressionnant. Les objets représentés le sont tout autant. En plus du fameux vélo et de la moto en fil de fer, il y a là des saxophones et des bustes de personnage grandeur nature, ou encore des lustres destinés à des commandes privées.



Enfin le dernier atelier est un atelier travaillant avec les bouchons en métal de nos fameuses bouteilles de soda. On crée ici des boîtes, des dessous de plat, des mallettes…




C’est vraiment très créatif et de grande qualité.
La visite ne s’arrête pas là.
On nous présente désormais un bâtiment en construction : c’est la future cantine du quartier financée intégralement par les actions de ENDA Tiers-Monde. À côté se trouvent les futurs locaux informatiques destinés à la formation multimédia de certains jeunes du quartier.


Maintenant nous sortons de l’enceinte d’Ecopole.
Car vous l’avez bien compris, son action ne se passe pas intégralement entre ses murs mais bien au-delà. En effet elle travaille sans cesse avec tout le bidonville qui l’entoure car son objectif est que sa propre activité rayonne sur tout le quartier.
Nous ne mettons pas longtemps à en réaliser sa totale réussite.
On nous montre la présence de route goudronnée, d’atelier d’artisanat, de centre de récupération des déchets pour leurs activités, d’une école pour jeunes et pour adultes qui y viennent spontanément. Tout cela est arrivé là, grâce à Ecopole.





Nous sommes enchantés.
Tous ces artisans à proximité qui ont totalement compris le rôle de la création pour s’en sortir est un véritable aubaine. Avec un tel contexte de travail, nous ne pouvons qu’imaginer le nombre de projets intéressants qui pourraient être organisés par les futurs étudiants de Strate Collège ici.
De plus la considération de la récupération que nous avons tenté vainement de mettre en place au conservatoire de Bamako est la base du travail artisanal ici.
Nous sommes vraiment heureux de cette visite.
Nous repartirons avec encore plus de choses à raconter et de bonnes raisons pour que Strate se tourne un peu plus vers l’Afrique.
Nous finirons notre journée dans l’enceinte de l’institution qui nous accueillera jusqu'à notre départ pour l’aéroport dans la nuit.
Nous sommes une nouvelle fois très heureux de ces rapports qui existent entre nos écoles. Nous sommes aussi enchantés par la manière dont cela s’anime et la direction positive vers laquelle tout le monde semble s’engager.
Nous terminons en quelque sorte notre travail ici, si on peut dire cela. Avec une dernière rencontre fructueuse pour nos petites têtes.
Nous espérons en tout cas que l’année qui va venir, sera amplifiée de tout ce que nous avons tenté de commencer. Nous leur souhaitons en tout cas bon courage.

Arrivée à Dakar et sur l’île de Gorée (Partie 3)

Après quelques formalités dans la ville nous repartons vers notre belle île de Gorée.

Nous sommes allégés de nos affaires que nous avons laissées dans un endroit sûr dont nous vous parlerons plus tard.
On a juste de quoi dormir et dessiner.
Parfait pour passer de vraies vacances.
On retrouve donc le « Beer », la traversée et la baie de l’île.
Ça y est, nous y sommes. Elle commençait déjà à nous manquer.
Cette fois-ci on n’attend pas longtemps pour se poser sur la plage.
Ce sera notre rendez-vous journalier. Incontournable dans ce beau décor.


La température n’est cependant pas celle de Bamako et il ne fait pas plus de 25 degrés.
Mais on ne va pas se plaindre quand on sait ce qui nous attend dans quelques jours.
On s’allonge puis on commence à « croquitter ». Chacun part dans son coin pour profiter du calme, du bruit de la mer et pour se plonger gentiment dans son dessin.
Le coucher de soleil est magnifique. Il donne une couleur unique à cet environnement déjà si coloré.


On finit par s’éloigner au point de ne plus se voir. Ce n’est pas grave car l’île ne fait que 900 mètres de long et on ne mettra pas longtemps pour se retrouver.
On se rejoint donc quand nos estomacs commencent à crier famine. Bizarrement au même moment pour nous trois. On va dans un petit restaurant dans le centre du petit village.
On y mange du bon poisson grillé.
Puis avec notre paquetage réduit, nous montons vers les hauteurs. Là-bas nous savons où passer la nuit.
Vico avait la veille rencontré un Rasta fort sympathique qui nous proposait de nous loger dans une tente pour 6000 francs CFA (9 euros), autant dire rien du tout. Le tout situé sur son bunker face à la mer. Le paradis pour nous.
On arrive devant son « chez lui ». Il se nomme Sidi et il est assis à coté de ses amis à discuter quand nous entrons dans le bunker.



Il nous emmène à la tente qui se trouve au-dessus, avec une petite table pour manger et une chaîne hi-fi qui nous balance du super jazz.
Ces gens sont étonnants et nous n’avons qu’une hâte de mieux les connaître.
Avant de se coucher on retourne à notre canon favori. On y passera un long moment à regarder la mer obscure, les supertankers et les pétroliers qui attendent à l’abri de l’île leur autorisation de rentrer dans le port de Dakar.


C’est agréable et quand quelqu’un passe tout près, nous entamons de belles discussions avec ces gens qui ne ressemblent en aucun point aux Dakarois.
On se serre un peu dans la tente prévue pour deux personnes, et on s’endort comme des bébés. Au petit matin on est parés pour aller voir le lever du soleil.
On est déjà postés sur le bout de l’île pour apprécier les premières lueures du jour.




Puis on récupère notre matériel à dessin. On va d’abord manger un bon petit déjeuner dans le village. Au menu : baguette de pain, confiture, beurre et chocolat chaud. Une configuration gastronomique qui nous manquait un peu.
Encore du plaisir.
Puis on s’éparpille encore avant de se retrouver pour visiter la Maison aux Esclaves.
Sans doute le lieu le plus fort de l’île.
On rentre et on attend que le guide arrive. C’est un vieil homme qui, après l’arrivée de chaque chaloupe, ressort le même discours. Un discours fort d’émotion et de détails sur cette tragédie qui a touché l’Afrique. Cet esclavagisme dont nous vous avions parlé et qui emmena 15 millions de personnes vers les Amériques. Ces esclaves qui partaient de bases situées sur l’Afrique de l’Ouest et Occidentale et de cette île si réputée.




On est consternés par ce qui s’est passé ici.
On peut remarquer au bout de la bâtisse, une porte qui donne directement sur la mer. Les vagues se déchaînent à ses pieds. C’est « La porte du voyage sans retour ». On comprend alors un peu mieux cet épisode sombre de l’histoire européenne qui fit comme sous l’ère nazie une véritable exploitation de la race Humaine, en déportant, reproduisant les « races dites fortes », et en exterminant les « faibles ».
C’est un endroit dont on sort tout retourné et c’est le but escompté.
Il sera difficile de se balader sur ce petit bout de terre sans y penser maintenant.
On retourne donc au bunker de Sidi pour manger un bon plat que sa femme nous a préparé.
C’est donc toute une famille qui vit ici. Dans ce vieux bunker anti-aérien que Sidi a retapé il y a 20 ans de cela. Maintenant à la place de l’arme meurtrière, se trouve un palmier, et les range-munitions servent pour entreposer ses plantes. L’intérieur est une vraie petite maison et la terrasse lui sert d’atelier pour faire ses peintures.
Car ici tout le monde semble être artiste. Tout le monde sculpte, tout le monde peint et tout le monde s’instruit.
On ne met pas longtemps à s’en rendre compte quand on discute avec n’importe quel habitant de l’île. Ils sont très au courant de ce qui se passe sur le continent et dans le reste du monde. Car quand ils ne peignent pas, ils lisent ou écoutent la radio.


Nous apprécions énormément cette situation.
Une île qui nous semblait abandonnée à des gens coupés du monde et vouée à accueillir les vagues de touristes, est en réalité un petit coin de paradis, qui a accueilli des intellectuels, des penseurs à leur manière, des gens simples et discrets.
Sidi nous renvoie d’ailleurs vers le fameux canon où nous pouvons aparemment entrer et pénétrer dans ses nombreuses salles blindées. Dedans nous devons y retrouver quelques-uns de ses amis rastas qui ont investi les lieux pour y jouer de la musique et y peindre à l’abri des touristes. On y va de ce pas.




On entre pas le dessus, dans les écoutilles supérieures du canon.
Puis deux étages plus bas on arrive à la base de l’immense arme.
Rien ne semble avoir disparu, et si les canons n’avaient pas été creusés sur leur extrémité, on imagine bien que ces engins pourraient encore servir.
Maintenant c’est devenu un bel abri pour des gens qui vivent dans plusieurs chambres de 12 mètres de long.
On avance dans les long couloirs bétonnés, pour arriver sur les salles qui devaient sans doute abriter les munitions, puis sur la salle des machines.
On sort enfin par une petite porte située face à la mer. On aura trouvé personne à cette heure-là. Tant pis ce fut encore une balade étonnante.
On n’a plus qu’à aller à la recherche de belles maisons à dessiner.



On s’enfonce de nouveau dans la vieille ville que vous devez bien connaître maintenant.
On s’assoit au milieu des fleurs et des baobabs. On profite du soleil qui nous chauffe doucement la peau et on apprécie aussi le bruit de la mer qui résonne sur les murs des vieilles maisons coloniales aux milles couleurs.





On est bien là ! comme dirait l’autre. On est bien !
Puis la nuit retombe et on rentre.
On goûte les fameuses « pastelles » du pays (plat typique sénégalais) et on se retrouve de nouveau sur le bord du bunker pour scruter la nuit qui tombe et la mer un peu agitée.
Au matin on savoure nos derniers instants ici.
On reprend nos petites promenades pour ne pas en manquer une miette.



Les rastas qui sont ici et là à peindre et les petits vendeurs de colliers semblent nous connaître maintenant. On fait désormais un peu partie du paysage. Il est temps pour nous aussi de repartir. On a bien apprécié ce moment de détente dans cet univers si atypique et si agréable.
On fait une dernière visite, celle du vieux fort qui se referme sur la baie. A l’étage de celui-ci les canons de l’ère napoléonienne semblent bien placés pour couvrir tout l’horizon. Nous sommes encore à une autre époque. Mais pour nous c’est le moment de partir. Encore une aquarelle ou deux et on y va.





On repart sur la belle chaloupe qui braille à coup de klaxon son départ de l’île.




On quitte tout ça le sourire aux lèvres comme à l’aller. Comme si le temps s’était arrêté pendant quelques jours après avoir passé 4 mois bien mouvementés.
C’est la transition du retour qui commence.
La France n’est plus si loin.
On rentre doucement vers Dakar. Nous avons un rendez vous.
En tout cas nous sommes tombés amoureux et nous reviendrons ici un jour.

Arrivée à Dakar et sur l’île de Gorée (Partie 2)

Nous sommes donc de retour sur l’embarcadère.
On attend un peu avec les nombreux touristes qui se sont agglutinés sous le porche de la gare maritime.
On déguste de belles oranges et nous achetons un melon qui sent délicieusement bon. Leur provenance : le Maroc. Pour le coup nous sommes vraiment ailleurs.
Nos billets achetés, la chaloupe arrive enfin. On laisse naturellement sortir ses passagers (On n’est pas des sagouins quand même !) et on s’engage à notre tour sur le bateau. On est entourés de grands bateaux de marchandise.
Un super tanker devant nous est en calle sèche, un immense ferry « floridien » se cache derrière les dockers et des bateaux de pêche recouvrent l’ensemble des quais. Certains d’entre eux sont apparemment chinois et confirment ce fléau de la pêche asiatique sur les côtes africaines dont nous avions entendu parler.



Notre chaloupe s’appelle « Beer ». Nous devons sûrement être en Bretagne.
En tout cas, Yves a les papilles qui frétillent et se sent un peu plus chez lui.
Nous quittons doucement la baie et ce port qui sent un mélange de marée et de pétrole. Devant nous se trouve la fameuse île.
Elle n’est pas si loin que ça. Enfin pas de quoi faire la traversée à la nage tout de même.
On profite de l’air marin qui se purifie plus nous nous éloignons de la grande ville.


On finit, 20 minutes plus tard par arriver face à la petite baie de l’île de Gorée.
La vue que nous avons devant nous est celle d’une carte postale.
L’eau est turquoise. La plage entravée entre de long bras de rochers, est recouverte d’un beau sable fin.
Les maisons qui font face aux grands pontons sont bien celles dont on nous avait parlé.

Elles sont de toutes les couleurs et recouvertes d’une végétation méditerranéenne.
Pour le coup, on ne sait plus où on est. L’architecture pourrait bien être Andalouse ou Portugaise mais certainement pas typique du pays.
Où sommes-nous en réalité ?
Sur une île qui a un passé lourd de malheurs.
En réalité cette île est extrêmement connue pour son terrible passé. C’est de là que les colonisateurs européens faisaient partir les esclaves pour le nouveau continent.
Ainsi, elle est passée sous l’hégémonie de toutes les grandes nations du vieux continent qui y ont construit un véritable village de « stockage » et de « reproduction » pour ces Africains voués à la servitude et à la longue traversée de l’Atlantique.
On prendra le temps de mieux comprendre cela par la suite.
Pour le moment nous sommes un peu fatigués par le voyage qui a précédé.
On se pose à la terrasse d’un petit restaurant face à la mer. On y déguste un bon repas et une bonne glace. On ne va pas se priver non plus dans un si bel endroit.
Puis la chaloupe de 16 heures arrive enfin. A son bord, Tchotcho et Nadia qui nous ont rejoints. Nous allons ensemble sur un bout de plage près du fort pour goûter un peu l’eau de mer et nous détendre.


C’est là qu’on apprécie beaucoup l’hiver à l’Africaine. Être sur une plage et se baigner dans l’eau est un luxe en plein mois de janvier.



Puis on repart visiter un peu, histoire de mieux apprécier l’ambiance locale.
On prend notre temps. A vrai dire on a tous les trois une idée derrière la tête.
En fait on pense tous à ne pas quitter cette île et à y revenir dès que possible pour nous permettre de faire le break après notre grande aventure. Le calme de l’île et son patrimoine peuvent nous occuper pendant quelques jours et nous permettre de mieux digérer tout ce que nous venons de vivre pendant plus de 4 mois.
A l’heure qu’il est, l’île s’est progressivement vidée de ses derniers touristes. L’ambiance a donc changée et bizarrement les jeunes sont sortis de nulle part. On y joue au foot, on chante. Le centre-ville s’est donc transformé en une immense zone de jeu où un gros baobab est en plein milieu du terrain de foot. Ça n’a l’air de déranger personne.
On marche donc en direction du vieil hôpital d’où nous parviennent des rythmes de djémbé. La bâtisse est désaffectée, mais les jeunes du village semblent l’avoir adoptée.




Pendant que les tout-petits dévalent les couloirs sur un vieux lit médical à roulettes, des jeunes sont dehors face à la mer, et jouent de toutes leurs forces sur des djembés et tambours de toutes tailles. À côté, des filles dansent et répètent une chorégraphie qu’elle semblent avoir préparée pour leur plaisir. En fait il n’y a aucun touriste à impressionner. Ils sont là pour eux, pour s’amuser ensemble.
On se pose là à les regarder un long moment.
On apprécie vraiment cette vie si improbable au milieu de nulle part et cette joie de vivre. Puis on continue notre marche vers les hauteurs de l’île.





On passe ainsi dans les petites ruelles escarpées du village historique et on commence à monter sur l’unique chemin qui va en haut de la colline.
Au milieu il y a un grand monument moderne symbolisant sûrement l’abolition de l’esclavage. À vrai dire ça ne ressemble à rien. On apprécie la structure mais pas sa place ici.
Puis on s’approche du bord.

Sur notre gauche : Dakar qui s’illumine doucement avec la tombée de la nuit. Et derrière nous une vue imprenable sur toute l’île dont nous parviennent toujours les chants rythmés du vieil hôpital. Nous sommes sur une immense plaque de béton qui va d’un côté à l’autre de la colline.
En réalité c’est un gigantesque bunker des première et seconde guerre mondiale.

Les français l’ont ainsi faite pour protéger l’embouchure de leur grande colonie de Dakar et du Sénégal. On voit ainsi apparaître sur chaque bord des abris anti-aériens, des bunkers de D.C.A, et sur la partie sud de l’île un immense canon de marine. L’engin est presque intact et les fûts font au moins 10 mètres de long.
On passe un certain temps à l’étudier et Yves finit par en trouver la date et le calibre. Il s’agit donc d’un canon de 240 mm daté de 1912. Des vieux qui se trouvaient là, nous expliquent qu’il n’a servi qu’une seule fois pour couler un croiseur anglais lorsque l’île était sous la direction de Vichy et que les FFL tentaient de reprendre Dakar. Peu de temps après, la garnison se rendit et l’immense complexe militaire ne resservit plus jamais.
Encore un vestige historique qui marque ce petit bout de terre au milieu de l’océan.
On profite du vent du large qui nous décoiffe un peu puis c’est l’heure de rentrer avec nos charmantes accompagnatrices. Elles sont vraiment étonnantes et ce sont encore de belles rencontres dans notre grande expédition.


On retrouve sur l’embarcadère le « Beer » qui nous attend sagement.
On repart dans la nuit en quittant derrière nous notre belle île qui s’endort doucement.
Ce n’est pas grave, ce n’est que partie remise car nous reviendrons demain.

Arrivée à Dakar et sur l’île de Gorée (Partie 1)

Une fois arrivés au Sénégal, il s’agissait de savoir quoi faire et surtout quand, vu le peu de temps dont nous disposions dans le pays.
Heureusement que Nadia et Tchotcho étaient là pour nous guider, elles qui vivaient dans la capitale Dakaroise depuis plus de 3 ans.
Après une bonne nuit dans notre hôtel de passe (il ne s’est rien passé nous vous l’assurons), nous prîmes un taxi direction l’embarcadère de Dakar.
On passe devant les docks du port industriel, puis on arrive enfin sur la zone pour voyageurs. Le bateau que nous devons prendre doit nous emmener à une petite demi-heure de Dakar sur une île appelée Gorée. Un petit paradis que tout le monde nous a amplement incité à aller voir. Seulement nous arrivons un peu en retard pour prendre la chaloupe de 12h, et un peu en avance pour prendre celle de 14h. Il est donc 13h si vous avez bien suivi.
Ce n’est pas grave car ça va nous laisser un peu de temps pour prendre nos marques. Loin de là l’idée d’uriner sur les trottoirs de Dakar, mais plutôt l’envie de marcher un peu dans les grandes artères de la ville.
L’embarcadère est en face d’une grande place, devant laquelle se trouve la gare principale. Le bâtiment est typique de l’ère coloniale et son architecture vaut la peine qu’on s’y intéresse quelques minutes.


On entre à l’intérieur où il n’y a absolument personne et on se dirige vers les quais déserts. On regrette face à nous les beaux trains que nous aurions tant voulu prendre pour venir jusqu’ici. Un gardien nous rappelle à l’ordre et nous interdit de passer nous faisant ainsi un tout autre accueil que ne l’aurait été celui des adorables Maliens.
Nous sortons du bâtiment puis nous repartons donc un peu plus haut, en passant d’abord devant l’ancienne mairie devenue un musée. Les bâtiments que nous rencontrons sont pour beaucoup de belles bâtisses du début du siècle coincées entre des immeubles plus modernes et sans saveur. Parfois l’architecture nous rappelle un peu Bordeaux et ses maisons aux toits peu inclinés, ses porches, son béton…




Enfin nous arrivons sur la place de l’Indépendance.
Elle s’étend sur plus de 200 mètres et est recouverte de grands arbres et à première vue d’aucun monument particulier.
Autour, elle est encerclée par de grands immeubles où se logent des banques bien connues, nous déracinent totalement de ce dont nous avions l’habitude à Bamako.


On voit bien à quel point Dakar est davantage imprégné par le monde et son commerce.
L’ouverture à la mer a, elle aussi, changé le comportement des gens : plus professionnels, plus stressés, et plus indifférents à autrui. Nous sommes pratiquement dans une grande ville occidentale, et nous ressemblons avec nos baluchons à des « indiens dans la ville ».
Cette sensation est assez marrante pour nous.



On apprécie quand même de ne pas être obligés de nous débarrasser de personnes cherchant à nous vendre quelque chose dont nous n’avons absolument pas besoin : parfums, chaussettes, bijoux…
Heureusement Yves a trouvé un ensemble d’astuces pour ne pas être trop embêté : une d’entre elles concerne les petits vendeurs de parfum. Si on nous propose un Chanel N°5, nous disons être intéressés seulement par le dernier « Chanel N°6 » créant un véritable vide dans leur tentative de vente car évidemment ce produit-là, ils ne l’ont pas.
On passe devant plusieurs autres bâtiments administratifs et on redescend vers le port.
Cette petite marche nous a fait du bien et nous montre l’écart de vie qui existe avec Bamako que nous connaissons bien maintenant.
Rien pourtant ne semble nous interpeller et nous donner envie de passer plus de temps dans ses faubourgs aussi tristes que ceux d’une capitale européenne.
Heureusement que la couleur de peau des gens et que le soleil nous rappelle que nous ne sommes pas encore rentrés là-bas.

mardi 22 janvier 2008

Voyage en bus Bamako Dakar

Nous rêvions de train à travers la brousse d’Afrique de l’Ouest mais c’était bien optimiste. Dans la gare coloniale, notre déception est grande quand le guichetier nous apprend que le train a trois jours de retard et que le jour de notre départ, il sera à Dakar et non à Bamako comme nous l’espérions. Tant pis il va falloir se rabattre sur le bus. Déjà nous sommes happés par deux maliens qui nous amènent au guichet de la compagnie de bus. Elles ont de l’avenir vu l’efficacité du chemin de fer local. Les billets sont pris et notre départ reculé de deux jours. Ce ne sera pas deux jours de trop pour dire au revoir à tous ces gens qui vont tant nous manquer.

Les derniers jours filent et nous sommes fin prêts. La maison se ferme, les bagages se terminent devant la porte. Il fait nuit noire quand nous quittons Boubacar et Nana sur le pas de notre portail. On est pris au ventre. Les adieux sont courts mais intenses et notre silence dans le taxi nous permet de prendre conscience de notre départ. Nous avons du mal à y croire. Les deux voitures jaunes bien chargées nous emmenent chez Habibatou qui nous accueille pour la dernière nuit à Bamako.La bonne petite soirée passée en compagnie de ses soeurs accentue notre regret de quitter tout ça mais nous terminons sur une note bien sympathique. Il est 7h du matin le taxi est devant la porte. Au revoir Habibatou, Bintou, .... et .... Nous quittons définitivement tous ces gens. Nous avons le coeur serré. A bientôt les filles.






Le bus nous attend. Après avoir enregistré les bagages avec un numéro noté sur un scotch, nous montons dans un premier bus quasiment vide pour rejoindre le terminal de la compagnie. De là, nous embarquons dans un énorme engin avec des rangées de cinq places pleines à craquer de passagers serrés à cause de l’étroitesse des fauteuils. Il reste quelques places tout au fond comme à l’époque des bus scolaires. Malheureusement ce sont bien sûr les pires places de tout le bus puisque c’est là que les méandres de la route sont ressentis le plus violemment. Nous avons 43h devant nous pour le vérifier. Bamako défile, le bus emprunte la route qui nous a permis d’atteindre cette ville trois mois auparavant. Nous sentons bien que quelque chose se termine mais nous nous refusons à le croire. Il faut se laisser porter. A côté de nous, deux jeunes étudiantes togolaises font le voyage avec nous : Nadia et TchoTcho.




Elles font leurs études à Dakar et étaient venues à Bamako pour les fêtes. Elles nous expliquent que pour rejoindre Dakar à Bamako une semaine auparavant, elles ont mis 4 jours au lieu de deux en changeant deux fois de bus. Ca promet. Le bus roule à une vitesse constante variant entre 90 et 110 km/ h quelle que soit la route. Nous manquons de basculer dans les virages et de nous prendre le plafond au rythme des trous et de la musique africaine qui envahit le véhicule. C’est impressionnant, nos fesses s’envolent de 20 centimètres de notre fauteuil.

La route traverse Diédjéni et Dièma et continue vers la frontière sénégalaise que nous atteindrons dans la nuit. Le paysage s’est transformé depuis l’aller. La brousse s’est considérablement asséchée et une poussière s’est déposée sur toute la végétation. Non loin de Kayes, le relief change et nous traversons de petites montagnes au coucher du soleil. Dans le bus, nous tuons le temps en dormant tant bien que mal ou nous discutons avec nos voisins et voisines. Dans la nuit, nous nous arrêtons au moins cinq ou six fois aux différents postes de police avant d’atteindre le poste de douane. Chaque arrêt est l’occasion de vérifier les passeports de tous les passagers et pour certains de payer un bakchich en fonction de leur nationalité. Il y a dans le bus, des maliens, des sénégalais, des nigériens, des béninois et j’en passe. Tard dans la nuit, nous arrivons enfin au poste de douane. Nous attendons tous dans une cour emmitouflés dans nos manteaux et nos chèches, l’appel de notre nom provenant du bureau faiblement éclairé.



Enfin nous sommes au Sénégal. Il est temps de rejoindre le bus pour tenter de dormir un peu. Nous repartirons le lendemain matin après une nuit impossible. Le lendemain, au lever du soleil, un café au lait chaud et un bout de pain dans un boui-boui est un vrai bonheur .

Comme un dernier salut du Mali, nous croisons le train qui part vers Bamako. L’instant est magique. Il passe devant nous lentement et disparaît. La journée est encore longue dans la brousse sénégalaise et le temps est ponctué par les fouilles des bagages et les pauses-cantine et prières dans les villes comme Tambacounda.



Le paysage est monotone. A un poste de police, un énorme engin de chantier stationne en panne au bord de la route. C’est en fait un camion géant servant dans les mines d’or de l’est du Sénégal. C’est un véritable monstre. Les roues mesurent au moins trois mètres de diamètre. Victor ne résiste pas à l’envie de monter dessus, accueilli par le chauffeur et le mécanicien et est très vite rejoint par Yves et Benoit. L’engin est hors norme. On dirait un jouet géant, un véritable rêve de gosses. Zut, nous sommes appelés pour la ènième fouille de bagages et le départ du bus.




Le bus fait de plus en plus de bruit. Nous nous demandons s'il tiendra tout le trajet vu comme il est traité par les deux chauffeurs. La journée passe, nous filons droit vers le soleil qui tombe à l’horizon. Nous pénétrons dans la banlieue de Dakar. Une heure après, il est 23H et le bus coupe les moteurs devant les entrepôts de la compagnie. Soulagés d’être arrivés, nous ne savons toujours pas trop où dormir. Un petit hôtel pas cher appelé Hôtel du Marché paraît convenir. Nana et Tcho tcho avec qui nous avons sympathisé pendant le voyage, nous aident à trouver un taxi pour rejoindre nos lits. Les Taximen ne connaissent pas leur ville et il faut faire attention à ne pas tourner pendant des heures. Dakar semble être une ville bien plus occidentalisée que Bamako. Nous rejoignons finalement notre hôtel dans le taxi plein à craquer. A l’entrée, un attroupement de jolies nanas en toute petite tenue: l'établissement est en fait un hôtel de passe! Ce n’était pas précisé dans le guide. Nous sommes un peu surpris mais ça reste un hôtel.




Notre chambre est tout de même très correcte et spacieuse. elle donne sur une petite cour et possède une douche...chaude et deux grands lits où nous nous endormons comme des masses. Bienvenue à Dakar.

dimanche 20 janvier 2008

Tatouages traditionnels pour tout le monde.

La fin de notre séjour approche, et il nous paraissait bien dommage de ne pas avoir tout essayé dans ce beau pays.
Evidemment, même si nous avions plusieurs années devant nous, nous ne pourrions pas tout entreprendre ici.
Néanmoins, à plusieurs reprises nous avons rencontré des maliennes qui portaient sur leurs mains, leurs chevilles et sur leurs pieds de drôles de tatouages.
Ces tatouages sont en réalité des tatouages au henné traditionnel. Ils sont portés à l’approche d’un éventuel mariage et sont assez appréciés au Mali. Cela se comprend vu la recherche et la finesse des motifs employés.
Puis un jour, Djeneba se lança dans l’aventure et s’en fit faire avant son départ fin décembre. Nous étions fascinés par le résultat et bien sûr, un peu jaloux.
Du coup, Famaga, Chaka et Balla (Yves, Victor et Benoît) ont tenté l’expérience à leur tour. Seulement ces tatouages ne se font pas n’importe où, et la barrière de la langue pourrait nous compliquer un peu la tâche.
Et c’est l’adorable Sira Sissoko qui s’est portée garante de nous emmener les faire faire au marché de Médine.
C’était encore l’occasion de passer toute une après-midi avec elle.
On s’enfonce donc dans le marché, on passe à côté des friperies et des petits artisans, puis on arrive sur une dalle en béton d’une trentaine de mètres, couverte, sous laquelle des dizaines de femmes sont en train de coiffer, de tatouer…etc.
C’est assez impressionnant. Il n’y a aucun homme. Autant dire que nous sommes encore en train d’innover. Sira s’avance et expose aux jeunes femmes notre volonté de nous faire faire les tatouages. Mais nous sommes un peu plus extravagants car en plus des pieds et des mains, nous voulons en avoir sur nos avant-bras ce qui ne s’est jamais fait !
Tout le monde rigole. Mais ce n’est pas vraiment des rires de moquerie. Mais plutôt des rires de surprise et un peu de fascination comme nous l’explique Sira.
Une vieille doyenne qui se trouvait tranquillement assise dans un coin, se leva et s’écria en riant quelques mots en bambara qui firent jaser toute l’assemblée.
Elle venait à peu près de dire : « Comment se fait-il que les Toubabous soient si incroyables et osent là ou nous n’avons pas osé le faire ? »
Nous sommes donc pris en charge par deux charmantes jeunes filles et tous les enfants qui s’approchent pour mieux voir ce spectacle si atypique. Nous, on se marre déjà.
On nous présente alors plusieurs catalogues dans lesquels se trouvent des dizaines de motifs différents. Mais avant tout il s’agit de choisir précisément quel type de procédé on désire. Il en existe deux sortes :
· Le premier est directement issu du tatouage traditionnel. Il est long à faire, peut brûler un peu la peau, et ne tient pas très longtemps dans le temps.
· Le second plus chimique, se fait en quelques minutes, n’a aucun effet sur la peau et dure plus longtemps.
Bien sûr nous avons choisi le premier type de tatouage, vous nous connaissez un peu maintenant. Tout d’abord parce que les motifs étaient beaucoup plus beaux et ensuite parce que nous avions tout notre temps pour découvrir leur méthode de travail.
Ainsi, après que chacun ait choisi son motif, on nous emmena au bord des marches pour nous laver les pieds et les mains avec de l’eau.
La suite n’est pas une histoire érotique même si ça pourrait y ressemblez un peu. Vous avez seulement l’esprit décalé !
Puis une très charmante jeune fille emmena Balla pour commencer à lui faire le motif. Elle s’installa face à lui sur un tabouret au ras du sol de telle manière à avoir son pied posé sur ses jambes accroupies.
Dans une main elle tenait un petit rouleau de bande adhésive et dans l’autre une lame de rasoir. Elle commença par dérouler la bande pour venir y découper dans la longueur de minuscules fils avec sa lame tout en croisant entre ses genoux le rouleau.



C’est assez impressionnant quand on voit la précision de ces gestes qui découpent de manière régulière ces longues bandes adhésives.
Une fois qu’elle en a suffisamment, elle en positionne l’extrémité sur le pied. Puis elle commence à dessiner en découpant chaque morceau à même la peau avec sa lame de rasoir. On ne sent absolument rien tant elle fait ça vite mais en douceur.
Elle n’a pas besoin de la photo dans le catalogue car elle connaît le motif par cœur. Pour quelqu’un qui s’y connaît un peu en dessin, on apprécie vraiment sa manière de procéder. Elle commence ainsi par construire le dessin en y créant les grands ensembles, les différentes parties qui accueilleront les motifs.
Puis dans un deuxième temps, elle les remplit de motifs géométriques, aussi petits que précis. Autant dire qu’on est impressionnés par la vitesse d’exécution.



Pendant ce temps-là, une autre femme a commencé à s’occuper de Famaga pendant que Chaka observe, admiratif, et prend des photos.
Très rapidement le premier pied de Balla est terminé. C’est vraiment très beau. Le motif est donc en négatif et en blanc ce qui rend un effet vraiment intéressant.


Puis elle attaque avec autant de rapidité le deuxième pied. Puis c’est au tour des deux mains et des avant-bras.
Famaga qui avait pourtant commencé après, termine en premier, laissant la place à Chaka. Une fois les motifs terminés, une troisième jeune fille vint recouvrir chaque motif d’une boue épaisse qu’elle malaxe avec les mains. C’est le henné. Elle la dépose sur la peau par-dessus les bandes adhésives en y ajoutant régulièrement de l’eau.



Puis une fois terminé, elle recouvre le tout avec un sac plastique opaque pour que les rayons du soleil n’agissent pas sur la boue.
On attend comme ça presque deux heures avec les pieds et les mains invalides.
On ressemble à une belle bande d’handicapés. Heureusement que Sira est là pour s’occuper de nous. On discute avec elle tranquillement.
C’est un véritable plaisir de passer un tel moment avec elle. C’est vraiment quelqu’un d’étonnant. On devient donc de véritables « maliennes » à papoter toute l’après-midi comme dans un salon de manucure.


Au bout de deux heures, on revient vers nous pour nous retirer le tout : les sacs plastique, la boue et les bandes adhésives.
À la place, il reste le motif de couleur rouge qui s’est incrusté entre les bandes.



C’est vraiment super. Maintenant vient l’étape la plus désagréable :on va venir nous déposer une seconde mixture à base de soude sur la peau.
On se demande quel rapport il y a avec la méthode traditionnelle ? En fait, cette méthode est apparue par la suite pour accélérer le processus qui nécessitait de reproduire trois ou quatre fois ce que nous venions de faire avant d’avoir un tatouage bien noirci.
Ici la soude réagit avec les dépôts de henné et au passage brûle légèrement la peau.
On remet le tout sous sac plastique et c’est reparti pour 30 minutes d’attente.


Seulement celles-ci nous paraissent beaucoup plus longues et on regrette nettement le moment où ces jeunes filles faisaient délicatement les motifs. Au bout de 10 minutes on sent que ça chauffe bien, on ne vous raconte pas comment c’est au bout de 20 puis de 30 minutes.
Au final on retire le tout avec beaucoup de satisfaction. Tout d’abord car ça soulage et puis parce qu’on peut enfin apprécier les superbes motifs dont le noir ressort bien sur nos peaux de Toubabous.


Nous sommes très heureux du résultat. Et nous remercions ces jeunes femmes pour le magnifique travail qu’elles ont réalisées.
Nous remercions aussi Sira pour le temps qu’elle nous a encore offert et pour ce bon moment que nous avons passé avec elle. Cette femme est vraiment fantastique et elle restera l’une de nos plus belles rencontres au Mali.











Mais on ne pouvait pas s’arrêter là dans notre exploration.
On vous disait au départ que nous voulions tout essayer avant de partir.
Ainsi Balla en profita en partant pour se réserver un moment « coiffure Africaine » dans la semaine.
Il revint deux jours plus tard. La fille qui s’était occupée de lui (Mani) ainsi que 4 autre jeunes femmes (Kadi, Hawa, Mati et Matoumata) vinrent lui faire sa coupe de cheveux. Il voulait des petites tresses sur la tête. Celles-ci seront réalisées avec l’ajout de mèche de cheveux. Elles incorporeraient ces mèches aux cheveux en partant de la base en serrant très fort. L’opération fut extrêmement douloureuse mais devant ces jeunes filles, il n’était pas question de montrer la moindre faiblesse (la virilité c’est vraiment une belle bêtise).


Mais « il faut souffrir pour être belle » !
Puis une fois toute la tête recouverte de tresses, c'est-à-dire deux heures de souffrance plus tard, Mani la jeune coiffeuse, coupa les bouts de mèches qui dépassaient et en brûla les extrémités et les cheveux qui dépassaient.
C’était terminé. Balla, ressemblait enfin à un porc-épic.


Il remercia une dernière fois ces charmantes jeunes filles et quitta pour de bon cet endroit si étonnant sous les regards curieux de toutes les femmes qui s’y trouvaient aussi.


Ce fut encore de bonnes expériences pour la petite bande, ravie d’avoir découvert de nouvelles choses à seulement deux jours du départ. Ce pays n’en finira pas de nous surprendre.

vendredi 28 décembre 2007

Noël avec les Zamis

Comme les maliens nous avaient invités à fêter Tabaski, nous en avons profité pour organiser un goûter de Noël avec tous nos amis maliens : les étudiants, les artisans, les amis rencontrés dans Bamako et aussi Boubacar et sa famille. Tout le monde ne pouvait pas être là car certains étaient rentrés dans leur famille pour les fêtes.




L’énoncé de la fête est le suivant : bonbons, papillotes, crêpes et sapin en carton pour goûter de Noël et de départ entre amis. Nous avions les œufs, la farine, le lait et une petite poêle qui nous a posé bien des problèmes. Le matin du 24, nous avons donc rangé et décoré la maison avec une guirlande, six petits sapins rouges en plastique et deux sapins en papier kraft. La pâte à crêpes est dans le frigo et les gens arrivent à 14h.




Tout le monde arrive et notre petite maison se remplit peu à peu pour accueillir finalement une vingtaine de maliens avec nous au milieu. Les papiers des papillotes crépitent, les pétard éclatent et les gens discutent. C’est très bon enfant pendant qu’Yves s’acharne tant bien que mal à faire des crêpes qui accrochent avec la poêle merdique. Il y passera toute l’après-midi pour réussir à faire une trentaine de crêpes qui seront l’occasion d’une découverte gustative pour nos amis maliens. Il ne pourra pas en faire plus car la bouteille de gaz vient de le lâcher.






Benoit gratouille de la guitare, pendant que Victor prépare des crêpes tantôt à la confiture, tantôt au Nutella et Yves se repose de son exploit tout en discutant. Ca fait plaisir de voir que beaucoup de gens ont répondu à l’appel et on se rend bien compte dans ces moments, du réel échange qui s’est créé entre nous. L’après-midi passe tranquillement et c’est l’heure des aux-revoirs mais pas avant la traditionnelle séance photo. On a fait toutes les combinaisons en matière de photo de groupe. C’est toujours sympa de revoir ces moments quelques années après. La nuit commence à tomber et les gens s’en vont petit à petit. On se promet de se revoir bientôt et de se donner des nouvelles.






Il est 19h. C’est le début du réveillon de Noêl, nous sommes trois (Yves, Ben et Vico) dans la maison vide. Après les traditionnels coups de téléphone à la famille restée au pays, nous fêtons notre Noël avec des cacahuètes et du coca en lorgnant les boîtes de foie gras amenées par la mère de Cyril (malheureusement monsieur étant au pays dogon, nous attendrons son retour). Le lendemain soir, nous finissons les quatre litres de pâtes à crêpes sur le petit fourneau à charbon devant la maison avec Boubacar qui nous raconte sa vie et son village.
Petit souvenir dont on se rappellera longtemps.




La musique adoucit les moeurs…

Pour ceux qui l’ignorent la kora est un instrument à corde traditionnel d’Afrique de l’ouest. Elle est composée d’une calebasse ouverte tendue de peau qui sert de caisse de résonnance et de 8 cordes. C’est un peu l’enfant réussi de la guitare et du djembé. La kora est au griot ce que la guitare est au tzigane.


Dès la présentation des cours proposés par le Conservatoire nous avons tous été attirés par le cours d'instrument traditionnel. Celui-ci n'a malheureusement jamais eu lieu ou plutôt les conditions du cours étaient un peu atypiques, le professeur ayant décrété que pour apprendre à jouer de cet instrument il faut se marier avec. Cela nécessite de faire une demande en mariage à son père (le professeur) avec toutes les démarches appropriées comme l’offrande de 10 kolas : noix au goût âpre, fruits du kolatier (dans le cas des mariages, il est caractéristique de voir que pour annoncer le mariage ou les fiançailles à la future épouse, le futur marié utilise l’expression : « J’ai donné la kola à tes parents »).

Nous nous sommes finalement réconciliés avec la kora le soir de l’anniversaire de Nana où un groupe de musiciens avait été invité. Après quelques discussions avec eux nous avons appris que l'un d'eux, Ablo, en fabriquait. Moussa et Balla voulant en rapporter une en France l'occasion était trop belle




Rendez-vous pris et deux mois plus tard nous nous retrouvons, dans l'atelier/maison d’Ablo, pour finaliser les achats. Balla qui avait apporté avec lui une guitare en profite pour faire un échange de "savoir-jouer". Inutile de vous rappeler que comme Balla Fasseké Kouyaté était un grand griot du roi, notre Balla devait donc prouver sa valeur et faire honneur à son nom ! Les bases de chacun des instruments sont rapidement transmises à chacun.


La guitare a six cordes pour une multitude de notes sur chacune, alors que la kora a huit cordes pour huit notes. La guitare fait face à son public alors que la kora fait face à son musicien. Les autres différences sont plus formelles que fondamentales. Ces quelques heures d’échanges furent très agréables et tout le monde se quitte avec un grand sourire.


jeudi 27 décembre 2007

Revente des voitures à Tiken Jah Fakoly

Comme la plupart d’entre vous le savent déjà, nous avons abandonné l’idée de rentrer de la même manière que nous sommes entrés au Mali. C'est-à-dire avec nos 4L, le long de la côte d’Afrique de l’Ouest. Un deuxième voyage de la sorte aurait été trop long, trop coûteux et pas si intéressant à refaire.
Au contraire il fallait qu’on les vende ici pour que Famaga, Chaka et Balla (Vico, Yvou et Ben) puissent s’offrir un retour tout aussi alléchant en passant par le Sénégal. Il y aura sans doute plein de choses à vous raconter pendant ce petit voyage. Quand à Moussa (Cyci), son retour est déjà programmé pour la semaine prochaine par avion.

Restait donc à les vendre. Facile à dire mais pas si facile à faire, bien que nos voitures semblaient attirer tout Bamako et toutes les villes que nous avons traversées pendant ce voyage. En réalité l’opération s’avérait beaucoup plus difficile.
La cause provient du ministère des transports malien: celui-ci tente de stopper l’afflux de vieilles voitures sur son territoire et a donc mis en place toute une législation pour favoriser le renouvellement du parc automobile. Ainsi pour des voitures de l’âge de nos 4 L, cela revient plus cher de payer le dédouanement que d’acheter la voiture. Vous imaginez donc que dans un pays où les gens, pour leur majorité, ne roulent pas sur l’or, cela devient impossible.
Nous nous retrouvions donc dans le pétrin. Avec d’une part la nécessité de les vendre en vitesse car il nous reste aujourd’hui moins d’une semaine, et d’autre part l’envie quand même de ne pas les revendre pour une bouchée de pain, en échange de tout le travail que nous avions fait dessus.
Puis vint la journée d’hier où, après avoir travaillé au Conservatoire nous redescendions vers chez nous. Quand, au moment où nous nous trouvions arrêtés au feu près du nouveau pont, Chaka qui se trouvait à l’arrière, nous dit : « Tiens, ya le meilleur attaquant de l’équipe de foot du Mali qui nous fait signe! » . Balla et Famaga se retournent et au lieu de voir un footballeur, reconnaissent Tiken Jah Fakoly au volant d’une Mercedes SLK flambant neuve.
Tiken Jah, est aujourd’hui le chanteur de reggae le plus populaire de la planète et justement, Balla, Famaga, Djeneba et Nana venaient d’aller le voir en concert au Palais des Congrès le weekend précédent.

Quelle rencontre un peu folle! Il nous fait donc signe et nous fait transmettre par les gens qui se sont tous agglutinés sur sa voiture, qu’il nous rappelle. On reçoit donc l’appel et on lui dit qu’on le suit. Du coup, 15 minutes plus tard on se retrouve devant sa maison, dans un quartier qui ne nous est pas si inconnu que ça puisque c’est aussi le nôtre. On passe donc le mur d’enceinte de son jardin où un paquet de mecs semblaient veiller à la sécurité de la star ivoirienne en exil au Mali depuis de nombreuses années. Puis on atterrit dans des confortables canapés au milieu du gazon et des quelques gazelles sauvages tout droit venues de Côte d’Ivoire.



Il nous dit : « Bon…Drôle de façon de faire connaissance, hein !?! »
On est aux anges et on a du mal à y croire.
L’homme super-impressionnant nous dit être intéressé par les voitures dont une est restée à la maison. D’ailleurs son garage est déjà occupé, en plus de la Mercedes, par une Audi TT et une magnifique Coccinelle de couleurs rouge, jaune et vert. Vous vous en doutez bien.
On se donne rendez-vous le lendemain matin pour en discuter.
Du coup, ce matin on était là pile à l’heure pour ce super rendez-vous. Les deux voitures étaient impeccables, et brillaient comme jamais après que Boubacar les aient lavées toute la matinée. L’homme aux grandes rastas regarde donc tranquillement les voitures avec nous.




Puis il semble être intéressé par nos petits engins. On va donc s’installer sur le canapé pour en discuter. Nous sommes ravis, car ces voitures auxquelles nous tenions tant et qui devenaient de plus en plus des fardeaux pour nous allaient enfin trouver preneur. En effet, Tiken nous dit qu’il désirerait s’en servir pour aller en Cote d’Ivoire et en Guinée avec ses amis.
On discute donc du prix et on arrive au final à un prix très convenable pour nous et à ce moment là plus qu’inespéré. On lui laisse donc le tout avec les pièces de rechange et les outils.
Pour nous c’est vraiment une très bonne transaction. Et nous sommes ravis de voir la 4L se glisser au milieu des gros bolides allemands.





Nous finissons par discuter tranquillement avec ce gars vraiment sympa. On parle un peu du Mali et de notre venue ici. Il nous écoute intéressé et prend le temps de nous parler un peu de lui et de sa vie à Bamako. Son frère et des amis à lui sont aussi présents et nous apprécions vraiment leur ouverture, et leur gentillesse.
On finit par faire quelques autographes et photos avec la star, puis il nous promet des places à ses futurs concerts en France. Nous sommes vraiment heureux de cette rencontre.
Les 4L ne pouvaient pas finir entre de meilleures mains.
Nous quittons donc sa maison avec Petit Chaperon Rouge qui restera avec nous jusqu’au mardi suivant. Le temps de finir notre séjour ici avant de la laisser elle aussi au chanteur.



Un dernier au revoir à Blanche-Neige et nous rentrons, le sourire aux lèvres.
Le Mali nous réserve vraiment de belles surprises !

Visite chez Alima et fête de Tabaski.

Depuis notre arrivée à Bamako, nous allons régulièrement rendre visite à notre Mama Alima pour discuter, boire le thé et profiter de la brousse environnante. C’est toujours un véritable petit bol d’air et de détente. C’est l’occasion de retrouver tous les gamins et de s’allonger sur les nattes et prendre le temps.










A chacune de nos visites, de nouveaux aménagements apparaissent dans le champ. L’endroit a bien changé depuis notre arrivée : un baobab a été planté, l’eau de la rivière a disparu, le champ a été débroussaillé, le même baobab a été coupé et la maison a avancé à vitesse grand V. Elle est maintenant peinte, le carrelage est posé et à notre dernière visite les meubles étaient même arrivés. La maison est vraiment belle et agréable à vivre maintenant. Il ne manque plus que l’électricité car il y a seulement un petit groupe électrogène de camping.



Autour de la maison, la vie n’a pas trop changé et les habitudes non plus. La vieille Djeneba gère son petit monde du haut de sa chaise ou de son tabouret. Kirikou lui fait sa petite vie peinarde à poil avec sa chemise. Les femmes et les filles vaquent à leurs occupations quotidiennes. C’est agréable de retrouver notre petite famille et l’ambiance du champ.


Balla et Famaga profitent d’une de ces visites pour préparer le film pour leurs mamans respectives qui ont toutes les deux 50 ans le même jour. Tous les enfants du champ sont venus chanter "joyeux anniversaire" devant l’objectif.

Alima nous a invité à venir fêter Tabasky chez elle le 20 décembre. Cette fête musulmane est la fête du mouton aussi appelée l’Aïd. Toute la ville est envahie de moutons et chaque famille est censée en avoir un. Le jour du 20 décembre c’est un véritable génocide car tous les moutons sont égorgés au petit matin, pour ensuite manger la viande toute l’après midi et faire la fête.

Ce jour, tous les maliens et maliennes sont habillés avec leurs plus beaux boubous pour rendre visite à leur famille et profiter de cette journée spéciale. Quelques jours avant, on croise toutes les femmes, les cheveux en pétard prêtes à se faire recoiffer avec des coiffures toujours plus folles. Les rajouts de cheveux jonchent le sol des cours où les femmes coiffent leurs filles. Il faut être la plus belle pour Tabaski. Du côté des hommes, les boubous de toutes les couleurs sont de sortie avec des broderies, de la dentelle et tout ce qu’il y a de plus chic à leurs yeux. Les rues sont vides, et l’on ne croise que des gens bien habillés.







A 11h, nous arrivons chez Alima et Philippe, tous les quatre accompagnés de Nana (Anna) et Djeneba (Chloé) qui font quasiment maintenant partie de la famille aussi depuis notre dernière visite.
Tout le monde a fait un effort dans l’habillement. Balla est habillé d’un magnifique boubou en basin bleu, Shaka porte un haut de boubou à motif marron, Moussa porte un haut brodé en indigo et Famaga, un pantalon de boubou à motifs accompagné d’un grand chèche. Les filles sont très élégantes : Djeneba dans un grand boubou bleu et jaune et Nana dans une petite robe à motifs.
Elles ne garderont d’ailleurs pas longtemps leurs belles tenues car elles sont priées d’aller aider les femmes à préparer le repas. Les hommes, eux, tuent le mouton, découpent la viande et vont acheter à boire avec Philippe pour la journée.






Il est 13h quand nous attaquons le repas par les abats en sauce avec du pain. Nous ne sommes plus vraiment habitués à manger ça en France mais finalement après ce premier plat tout le monde est plus ou moins réconcilié avec le foie, les tripes, le cœur etc...


Il faut dire que la bête vient d’être tuée et que c’est très bien préparé. Les femmes de la famille se succèdent pour venir offrir un plat à Alima. Nous nous retrouvons très vite avec 6 énormes plats de riz et de viande à ne plus savoir qu’en faire. Alima nous explique le programme de l’après-midi. Après les abats, nous mangerons le tjiboudienne (plat de riz gras et viande) ensuite à quatre heures ce sera les côtelettes grillées avec du thé puis le couscous sans compter tous les plats apportés par les femmes. Nous passons l’après-midi à discuter, manger, dormir... C’est étonnamment calme. Nous pensions que ce serait la grosse fête mais finalement cela ressemble beaucoup au réveillon de Noël que nous connaissons où l’on mange ensemble en famille. La journée se termine doucement, affalés sur les nattes et nos ventres s’alourdissent peu à peu. A la nuit tombée, les discussions continuent pendant que les enfants s’endorment petit à petit autour de nous. Nous rentrons dans la nuit, ravis de notre premier Tabaski.

Ballade en Pinasse sur le Lac Debo.

Après le trekking le long de la falaise de Bandiagara nous sommes repassés par Mopti, ville de départ pour le lac Debo et pour deux jours de pinasse sur les flots tranquilles du Niger.

Nous partons donc tôt le matin. L’objectif est d’atteindre l’autre bout du lac avant la nuit.
Seydou a une fois de plus tout prévu et le petit déjeuner se fait sur la barcasse : café, thé, pain, confiture, petits biscuits, ne manque que le jus d’orange. La suite n’est que farniente sur le dos de la pinasse et on se rend vite compte que l’on a très chaud. La morsure du soleil se fait bien sentir et nous nous cachons sous le petit toit en natte avec nos chèches de touareg autour de la figure. La remontée du fleuve parait interminable, nous nous arrêtons régulièrement près de pinasses de pêcheurs pour leur acheter du poisson frais, aussitôt préparé par le chef cuistot du bateau.









La zone devient marécageuse, à vrai dire c’est sûrement un des plus grands marécages d’Afrique voire peut-être du monde. La nuit commence doucement à tomber et on se demande si on va arriver un jour. Les herbes se dégagent enfin et nous arrivons sur une étendue d’eau immense. Nous entamons alors la traversée du lac avec un superbe coucher de soleil dans le dos.











Il ne nous reste plus qu'à franchir, non sans difficultés, les hautes herbes pour rejoindre la rive. L’accostage se fait en douceur sur une grande plage de sable fin le temps de grimper derrière la petite dune pour se rendre compte que c’est en fait le désert qui vient mourir dans le lac. Le dîner de déroule tranquillement à la lueur d’un feu de bois improvisé sur le sable. Puis après quelques jeux dans le sable : tadum (tas d’hommes), dessin et "pendu", nous nous couchons.










La fatigue se fait sentir sauf pour Seiba, Djenaba, Famaka et Shaka qui se sont gavés de thé. La nuit allait donc être longue pour ces quatre-là et réservera pas mal de surprises :

Allongés la tête à l’extérieur de la tente pour regarder le ciel, Seiba et Shaka distinguent une personne juste à côté de leur tente. La surprise est grande et plutôt inquiétante. Après un léger « Bonsoir » suivi d’un « ça va ? » sans réponse, l’énergumène se lève puis se retire sans un mot. Déjà que le sommeil tardait à venir, vous imaginez bien qu'après cela, on n'a plus trop envie de se laisser aller et on se pose beaucoup trop de questions. La tête toujours à l’extérieur et aux aguets, Shaka aperçoit, en contre-lune, la silhouette d’un renard courant sur le haut de la dune. Famaga et Djenaba se « réveillent » et n’ayant rien vu de tout ça, sortent à l’extérieur pour une pause-pipi. Shaka qui n’osait plus sortir seul en profite. Au retour, sous la tente Shaka et Seiba entendent de drôles de bruits sur le haut de la moustiquaire. Le manque de lumière ne nous permettait pas de voir ce que c’était et, alors que le bruit s'intensifiait, nous appelons Famaka et sa lampe frontale à la rescousse. C’est finalement Djenaba pleine de courage qui éclaire le haut de la tente et ne constate rien de suspect. Le bruit est pourtant bien là. Nous les faisons alors entrer dans notre tente pour qu’ils arrêtent de nous prendre pour des fous. C’est finalement grâce à la frontale que nous découvrons le "poteau rose" (ou le pote aux roses, je sais plus). Ce n'était en fait que les petites pattes acérées d’un bousier (scarabée qui pousse sa bouse) qui s’agrippait à la moustiquaire. Cette série d’événements sans importance créa une atmosphère assez particulière et Seiba et Shaka décident finalement de faire comme les autres : s’enfermer dans la tente et ne pas se poser de question.

Au réveil, le lever du soleil sur le sable et sur l’eau offre un spectacle inouï et nous profitons pleinement de ce moment. Chacun y va de sa petite balade et Shaka part à la chasse aux empreintes pour vérifier qu’il n'avait pas inventé son renard. Puis il est l'heure de repartir. Le chemin ressemble à s’y méprendre à l’aller avec petit déjeuner et diner sur la pinasse, poisson fraichement pêché une fois de plus au menu. L’arrivée au couchant sur Mopti est une fois de plus d’une beauté incroyable et reposante, le ciel prend des couleurs sublimes et la température devient idéale.

















Nous ne pouvons que remercier notre guide, le grand Seydou, qui a tout organisé à la perfection et a toujours été disponible et souriant : la grande classe et un grand merci!


mercredi 26 décembre 2007

Voyage au Pays Dogon

Nous avons fini notre intervention à l'école par une grande exposition de tous les projets réalisés avec les étudiants et nous partons donc sereins pour visiter l'ouest du Mali ce mercredi 12 décembre. Il est 8h30 quand nous embarquons dans le bus pour rejoindre Mopti à l'ouest de Bamako. Le trajet durera toute la journée et nous squattons l'arrière du bus tous les quatre accompagnés de Seb.

La pause de midi dura à peine une demi-heure, le temps que le chauffeur avale une assiette de riz sauce caillasse (sauce arachide accompagnée de multiple petits cailloux). Nous n'avons même pas le temps de finir nos assiettes que le bus klaxonne; allez hop! tout le monde en voiture. Ni une ni deux nous laissons nos assiettes aux gamins qui connaissaient la combine et nous remontons dans notre engin. Le trajet se passe traquillement et le paysage change peu à peu entre brousse et marécage avec, le long de la route, des baobabs aux formes variées. Nous arrivons à Mopti vers 18h. Mopti est appelé la Venise du Mali car cette ville est entourée de marécages et deux fleuves la traversent : le Niger et le Bani. A notre arrivée des courses de pirogues font rage au soleil couchant sur le Bani baigné d'une lumière dorée. La scène serait magique si toutefois nous n'étions pas assaillis par des pseudo-guides et marchands qui nous attendaient dès notre sortie du bus. Je casse les prix, mais je casse pas les pieds, c'est la good vibration, yeah man, pour le plaisir des yeux etc...

Le discours est le même partout mais au bout de trois mois et une journée de bus, c'est fatigant et on perd un peu patience. Nous rejoignons finalement un hôtel nommé "Y'a pas de problème" qui est le point de départ de la plupart des voyages au pays dogon. Les guides et touristes s'y retrouvent pour mettre au point les excursions. Nous dormirons sur la terrasse. Pendant le repas, plusieurs guides défilent et nous rencontrons finalement Seidou Guindo, un immense dogon de 2m qui se fait appeler De Gaulle. Il en a l'allure et légèrement le faciès. Une canadienne nous l'a recommandé et nous sympathisons très vite. Le programme du voyage est décidé : nous partirons pour 4 jours dans le pays dogon et ensuite retour à Mopti pour deux jours de pinasse pour aller au lac Debo.



Il est 6h30 sur la terrasse de l'hôtel à notre réveil. Nos sacs sont fin prêts et Seidou arrive à 7h avec une magnifique 505 break 7places avec son chauffeur : nous serons finalement montés dans cet engin mythique qui sillonne les routes d'Afrique. Après une petite halte à la boulangerie dogon pour le petit déjeuner et un passage à la banque, nous voilà partis en direction de Bandiagara, ville qui marque l'entrée dans le pays dogon et qui est la plus importante du plateau de Bandiagara. Quelques vivres seront achetés à Bandiagara avant de repartir sur une petite route escarpée tantôt en latérite, tantôt en pavés. La route traverse des cultures d'oignons et sillonne le relief rouge du plateau de Bandiagara. Ca et là les premiers villages dogons apparaissent avec les huttes en terre et les toits de paille. Ils sont souvent disposés sur les hauteurs et très regroupés sur eux-mêmes.


La route est escarpée et magnifique. Notre 505 roule tranquillement en direction de Dourou : le point de départ de notre ballade. Vers 11h30, nous y arrivons pour y déjeuner. L'endroit est calme et la place du marché annonce une animation imminente. Vers 13h, la place se remplit de couleurs vives et les boubous des femmes s'agitent pour vendre piments, condiments, oignons, viande, etc. Le village est accroché au rocher et surplombe une petite vallée verdoyante où déambulent des chèvres sous les manguiers. Cette vallée est en fait une simple faille dans le plateau rocheux. Nous attendons deux bonnes heures avant de manger et ensuite c'est la sieste.











Il est 17 h. Il est temps de repartir pour rejoindre le village natal de Seidou avant la nuit. Nous marchons dans la brousse et sur les rochers. L'horizon semble se rapprocher pour finalement être à quelques dizaines de mètres de nous. Nous sommes au sommet du plateau, en haut de la fameuse falaise qui surplombe la plaine qui s'étend jusqu'au Burkina Faso. On croirait à un océan tellement la plaine s'étend à perte de vue et se confond avec le ciel. L'endroit est magique et force à la méditation. Nous restons tout simplement scotchés. Le sentier emprunte une faille dans la falaise qui permet de rejoindre la plaine, une centaine de mètres en dessous. Nous passons donc entre d'immenses parois rocheuses où l'on se sent bien petit. Nous passons sous d'énormes rochers qui tiennent en équilibre entre les deux parois. A la sortie de la faille nous apercevons le village de Nombori en contrebas et nous pouvons voir nettement la falaise s'étendre à perte de vue. Nous arrivons finalement chez le cousin de Seidou qui tient un petit campement où les touristes de passage peuvent dormir et manger dans une petite concession. A un demi-kilomètre de la falaise, des dunes de sable sont encore éclairées par les derniers rayons du soleil et nous ne résistons pas à l'idée d'aller en profiter pour finir la journée. De ce point de vue sablonneux, la falaise prend toute sa dimension. Ce site est exeptionnel et on comprend mieux sa reconnaissance touristique. C'est à la hauteur de tout ce que l'on raconte. Il fait sombre et il est temps de retrouver la petite cour où nous passerons la soirée. Les toits feront office de dortoir et le ciel étoilé de toit au-dessus de nos têtes. La nuit est magnifique et elle donne envie de se coucher tôt pour observer les étoiles avant de s'endormir. Le village est tout noir et des cris de fêtes nous arrivent de la falaise. Les rythmes et autres célébrations animistes prennent une toute autre tournure. C'est étrange, on frissonne et on prend conscience que ça existe vraiment. Nous sombrons dans le sommeil.






Aux premiers rayons du jour, nous rejoignons les dunes pour observer le réveil de la falaise avec les pieds nus enfoncés dans le sable et profiter du calme et de la sérénité de cet endroit. De temps en temps nous croisons un charriotte tirée par un âne accompagné de quelques gamins au milieu des dunes.





Nous sommes sous le charme, complètement envahis et pénétrés par la beauté et la puissance de cet endroit. Le petit déjeuner nous attend et nous rejoignons Seidou qui s'est réveillé. Après avoir avalé un petit thé ou café au lait accompagné des beignets locaux, De Gaulle nous emmène visiter son village en expliquant les différentes traditions, les lieux importants et surtout l'histoire de la falaise : avant l'arrivée des dogons, un peuple appelé les télems habitait la région. A cette époque la plaine était recouverte d'une épaisse forêt regorgeant d'animaux sauvages très dangereux. Pour se protéger, les télems ont donc investi la falaise en contruisant des maisons troglodytes sur la paroi abrupte. Certaines se situent à plus de 60 mètres de haut et Seidou nous explique qu'ils les atteignaient à l'aide de cordes et en escaladant. Quand on est au pied de cette falaise, on se demande comment c'est possible mais les trous faisant office de porte d'entrée et fenêtres en sont la preuve. La falaise a littéralement été creusée pour accueillir ce peuple de petits hommes ancêtres des pygmées.

Vers 1400, les dogons sont arrivés sur la falaise et ont peu à peu investi le bas de la falaise et ont commencé à faire des champs en détruisant la forêt qui disparaissait peu à peu sous l'effet du climat. Les télems sont des cueilleurs et des chasseurs et voyant leur territoire disparaître peu à peu, ils ont dû quitter cette terre au profit des dogons, une ethnie de cultivateurs et de bergers. Les maisons des télems sont devenues les sépultures du peuple dogon mais les derniers télems viennent encore célébrer leurs ancêtres une fois par an lors d'un pélerinage.






Il est 11h, le soleil commence à taper et il est temps pour nous de rejoindre le prochain village où nous ferons la pause de midi. Nous reprenons donc nos sacs à dos et arpentons le chemin qui longe la falaise. Nous suivons une rivière asséchée qui semble être une rivière où le sable blanc s'écoule. Sous quelques manguiers, nous nous arrêtons pour déguster quelques mangues qu'un petit gamin nous a proposé. Ce n'est pas la saison, mais il reste encore quelques fruits. Nous sommes assis près d'une petite rivière, protégés du soleil par de grands manguiers et nous dévorons les juteux fruits oranges : le bonheur...
Vers midi nous arrivons au village pour manger. Nous sommes accueillis dans une petite auberge à l'entrée. Le soleil nous assomme un peu et la fatigue nous donne envie de dormir alors que nous avons marché à peine 1h30. La pause est bienvenue pour manger et se reposer un peu. Ca fait du bien de prendre le temps. C'est un vrai plaisir. En fait, nous évitons les heures les plus chaudes de la journée pour marcher donc nous reprenons le chemin pour rejoindre le village de Tiréli où nous passerons la nuit. Les villages se suivent mais ne se ressemblent pas. La couleur des petites maisons changent, le relief de la falaise varie et les maisons télems sont plus ou moins espacées. Tiréli est aussi un véritable havre de paix accroché à la falaise. On se croit vraiment dans l'Afrique des contes, des marabouts et des sacrifices. L'atmosphère est aussi impressionnante que le paysage.





L'endroit où nous logeons est encore très agréable et une seconde nuit sous les étoiles nous enchante. C'est le troisième jour déjà. Ce matin nous repartons à la visite du village où nous logeons. Seidou nous emmène devant la maison du Ogon qui est au pied de la falaise. Les ogons sont les chefs des dogons. Il y a une hiérarchie entre les ogons. Ils sont plus ou moins importants et ont plus ou moins d'influence entre eux dans tout le pays d'ogons. Les villages possèdent tous des constructions que l'on retrouve dans chacun d'eux. En premier il y a le toguna qui est le lieu où se retrouvent les vieux pour résoudre les problèmes du village : c'est un bâtiment sur pilotis avec un toit très épais composé de paille. Le toguna est bas pour empêcher les gens de s'énerver et ainsi ils risqueraient de se cogner la tête en se levant. C'est l'un des endroits les plus importants du village. Il y en a souvent un par quartier. Des totems sont répartis dans les villages et sont les endroits de sacrifices. C'est la plupart du temps une pierre ronde recouverte de crème de mil, un liquide blanchâtre. On trouve souvent ces totems sur des places qui sont les lieux de rituels et de danses des masques dogons. Il faut aussi parler des greniers. Ce sont de petites bâtisses en terre avec un toit de paille où sont entreposées toutes les affaires des hommes et des femmes : nourriture, outils, affaires personnelles... Ce sont un peu les armoires européennes. Un autre bâtiment a son importance : il s'appelle la maison des femmes. Seidou nous explique que c'est l'endroit où viennent les femmes pendant leurs règles car elles sont considérées comme sales par les esprits dans la religion animiste. Les femmes ont la vie dure dans ces pays où la religion les soumet. Il est difficile de trouver ça normal pour nos yeux d'européens mais je ne partirai pas dans ce débat car il y a trop de choses à dire.




Nous reprenons le chemin qui longe la falaise pour rejoindre le village de Amina où nous attend encore une petite auberge pour lézarder pendant les heures chaudes. Amina possède une curiosité intrigante. A l'entrée du village une mare sacrée accueille une bonne dizaine de crocodiles qui nous observent à la surface de l'eau, du coin de l'oeil. Nous assistons d'ailleurs à une scène assez marquante : il faut bien nourrir les crocodiles qui soit disant n'attaquent jamais les gens du village. Un guide d'un couple français décide donc d'acheter un poulet à leur offrir. C'est à moitié un sacrifice et à moitié une curiosité touristique. Le poulet ne tiendra pas longtemps face aux machoires des crocos et sera englouti dans les profondeurs de la mare après que le villageois ait joué avec les nerfs des reptiles. Le soir nous passons la nuit à Iréli. C'est notre dernière nuit à l'ombre de la grande falaise. On ne se lasse pas de tous ces petits villages et de la grande falaise qui nous domine touT le long du voyage. De plus notre guide Seidou est vraiment un type génial et nous ne regrettons pas de l'avoir choisi. Un réel lien d'amitié se tisse entre nous.






Le lendemain matin nous rejoignons Banani pour notre dernier repas en bas de la falaise. Nous profitons de ce dernier point de vue avant de remonter à travers une brèche dans la falaise pour rejoindre Sangha. Des femmes portant des énormes charges de plus de 60 kg sur le crâne descendent en tongs sur le chemin escarpé comme si de rien n'était tandis que d'autres, enceintes, montent la falaise avec un gamin dans le dos et un chargement sur le haut du crâne. Nous sommes sidérés par l'endurance et la force de ces femmes pendant que nous suons à grosses gouttes. Arrivés en haut, nous nous retournons pour profiter une dernière fois de ce site naturel et nous rejoignons la vaillante 505 à Sangha. Après quelques heures de route sur le plateau, nous voici de retour à Mopti sur la terrasse du "Y'a pas de problème". Les filles, Chloé et Nana, nous rejoignent dans la nuit après avoir dit au revoir à Fatou et Rokia qui rentrent en France cette nuit. A bientôt les filles!









Les Marionnettes de Yaya Koulibali.

Le Mali a intégré depuis longtemps l'art du théâtre à sa culture et à ses traditions.
Cet art s'exporte même au-delà de ses fontières notamment grâce à Yaya Koulibali.
Cet homme, d'une cinquantaine d'années, a monté de nombreux spectacles dans le monde entier et a participé à un grand nombre de rassemblements lui apportant une reconnaissance internationale.
Bary, un de nos amis étudiant du Conservatoire, entretient de bonnes relations avec ce grand homme et sa famille depuis son enfance. C'était donc une opportunité extraordinaire d'essayer de le rencontrer chez lui.
Nous avons eu cette formidable chance. Ainsi, Balla et les filles se sont retrouvés en compagnie de Bary un dimanche matin aux portes de sa maison. Celle-ci se trouve au sud-est de Bamako dans un coin reconnu pour abriter de nombreux artistes maliens.
Yaya Koulibali n'était pas là, mais tous ses enfants et ses marionnettistes se sont empressés de nous faire visiter les lieux sachant que Bary leur avait parlé de notre venue.
On est donc arrivés dans une cour où se trouvait l'atelier de fabrication des marionnettes. Une toiture en paille protégeait du soleil la zone de travail où étaient posés, à même le sol, les outils pour tailler le bois au milieu des copeaux de bois.

Plus loin, il y avait les tissus en dépôt et les armatures des futures marionnettes. De l'autre côté, se trouvaient d'immenses marionnettes destinées aux festivals traditionnels de villages. Celles-ci sont manipulées par une personne située à l'intérieur.


Enfin, au milieu de tout cela se trouvait un vieux bouc vivant sans doute ses derniers instants avant la fête de Tabaski. Bonne chance mon gars!
L'un des enfants a ensuite ouvert un petit garage où se trouvaient un nombre incroyable de marionnettes. Celles-ci semblaient attendre depuis quelque temps que quelqu'un vienne les actionner vu la poussière qui s'accumulait sur leur membres en bois.
On hallucinait un peu de voir tout cela.

Puis un de ses enfants, nous a emmenés en direction de la maison. C'est sans doute la maison la plus haute que nous ayons vu dans Bamako. Celle-ci était faite de 3 étages.
On monte directement au premier étage pour tomber nez-à-nez avec une dizaines des autres marionnettes. Des marionnettes aux multiples visages. On nous expliqua qu'il existe dans ces stocks 3 sortes de marionnettes : les marionnette à manches, les marionnettes que l'on manipule avec des ficelles et les marionnettes abritant leur propre marionnettiste (de taille plus importante).


On les regarde toutes attentivement. Puis le fils de l'artiste nous montre une marionnette toute particulière. Celle-ci est assise bien sagement sur un canapé. Il s'agit d'une représentation de son grand-père décédé qui, lui aussi était éminemment reconnu dans le milieu du théatre. On s'arrête devant elle et on finit par penser qu'elle est vivante. C'est fou comment ces morceaux de bois et de tissu deviennent peu à peu vivants dans nos esprits.

Puis tout le monde s'engouffre vers l'escalier pour monter à l'étage du dessus. On est complètement époustoufflés : il y a encore plus de marionnettes qu'à l'étage inférieur! Là encore avec plein de représentations différentes. On demande alors combien de marionnettes il y a ici et le jeune homme nous répond avec un grand sourire qu'il y en a plus de 7500 entreposées dans cette maison. C'est complètement dingue et ça ferait baver n'importe quel passionné de marionnettes. Les grands enfants que nous sommes sont en tout cas totalement sous le charme.



Chacun se disperse de nouveau pour fouiller au milieu de l'immense tas. On s'arrête sur chaque visage en en décortiquant l'expression et en appréciant le travail réalisé.
On est vraiment impressionnés par cette diversité. Nous sommes dans un véritable musée privé.




On monte à l'étage du dessus où bien sûr, il y a encore de nombreuses marionnettes. On n'en finit plus.
On arrive enfin sur la porte donnant sur la terrasse. C'est bien le seul endroit de la maison où il n'y a pas de pantin entreposé. Ah finalement si, même ici on peut trouver dans un coin de la terrasse une bande de marionnettes devant le beau paysage de Bamako et du Niger. C'est vraiment génial. On profite du plein air et du soleil qui est toujours là tout en écoutant le fils de l'artiste nous parler de son père et de leurs futures réalisations.


On redescend vers l'atelier, où un marionnetiste de Yaya Koulibali nous rejoint en Jakarta. Celui-ci nous explique plus en profondeur le métier qu'il pratique, de son rôle dans les traditions et les mythes qui tournent autour de certaines marionnettes-clefs. Nous avons écouté avec passion tout en regardant au milieu de la cour un jeune apprenti animer un pantin à tête de lapin. Puis ce fut le moment du départ après que nous les ayons abondamment remerciés pour leur gentillesse et pour nous avoir offert un très bon moment d'évasion.





Ce fut encore pour nous un moment magique et impensable à la fois, qui n'en finit plus d'alimenter notre imagination.

mardi 11 décembre 2007

Présentation des farafis

Nous avons présenté notre équipe de toubabous (hommes blancs) avec qui, il est vrai, nous passons beaucoup de bon temps. Mais nous ne sommes pas restés dans un isolement aveugle. Evidemment nous fréquentons un bon nombre de farafis (hommes noirs) au sein du Conservatoire et bien sûr en dehors. Ainsi nous avons tissé de nombreuses relations au travers des projets que nous avons mené principalement avec les 1ère année "Multimédia et Arts Plastiques", mais aussi dans les cours auxquels nous assistions chacun, notamment en danse traditionnelle, théâtre (Balla et Famaka), en musique (Moussa) ou en sculpture et en photo (Chaka). De plus, nous avons bien sûr tellement occupé l'animation du Conservatoire pendant ces 3 mois, que nous avons été très rapidement répertoriés et qu'il ne nous a pas fallu beaucoup de temps pour sympathiser avec l'ensemble des promotions. Nous commençons la présentation par nos amis de Multimédia: Habibatou, Backary, Boubacar, Jean philippe, Mohamed et Nouhoum en furent les plus proches. Habibatou a tout le temps le sourire aux lèvres et est complètement amoureuse de chacun d'entre nous. Une vraie crème avec qui nous avons fait de super-projets. Nous avons passé des moments très chaleureux à ses cotés.


Backary est quelqu'un de très agréable car très posé et mature. Ils nous a de nombreuses fois étonnés par sa grande lucidité.


Boubacar est l'homme polyvalent de la maison. Il est vraiment efficace dans son travail et est vraiment d'une grande gentillesse.


Jean-Philippe rêve de devenir designer et est très au courant de notre véritable futur métier. Son père, qui enseigne au Conservatoire, y est sans doute pour quelque chose. En tout cas, il nous a surpris par sa grande tenacité, son évolution rapide et sa grande curiosité.


Mohamed est lui aussi une véritable crème. Très adroit de ses mains et lui aussi très juste dans ses jugements. Il dégage une sensation agréable très relaxante quand il est présent dans n'importe quel groupe de gens.


Enfin Nouhoum clôture ce petit groupe. Ce n'est pas parce qu'il est extrêmement discret qu'il n'est pas là. Il écoute sagement et propose toujours des choses étonnantes et de grande qualité. Il fait preuve d'un grand sérieux dans l'exécution du travail.


Ces 6 personnes ont été, pour nous, un peu nos frères et soeurs pendant ces 3 mois, et nous avons partagé beaucoup de choses bien au-delà de nos projets. Bien sûr, on ne peut pas oublier les étudiants d'art plastique, Mariam, Bary, Abdoul et Awa avec qui nous avons aussi passé beaucoup de temps. Mariam est une grande et belle jeune fille originaire du pays dogon à l'est du Mali . Elle est toujours là pour venir nous piquer un écouteur de musique et rigoler à chaque bêtise que nous lançons.


Bary est quant à lui la plus adorable personne que nous connaissons ici. Il est toujours pressé de rendre service et c'est à peine si on peut entendre le son de sa voix qui se veut toujours la plus discrète possible pour ne pas déranger.


Abdoul est quant à lui très entreprenant et sait bien où il va. Il nous apporte un regard un peu différent sur les choses et n'hésite pas à s'occuper de nous quand il le faut.


Enfin Awa est une véritable perle. Une fille suberbe qui reste discrète autant qu'elle le peut. Mais son charme la rattrape très vite et elle ne reste pas cachée bien longtemps.


Ensuite on arrive chez nos amis les danseurs avec qui Balla a passé d'excellents moments pendant ce séjour. Nous les retrouvions évidemment à chacune de nos soirées pendant la biennale de la danse où ils étaient à la poursuite de leurs danseurs préférés. Seidou est vraiment le plus doux et le plus attentif de tous. En plus d'être un grand danseur, avec un corps d'athlète fluide, puissant et gracieux tout à la fois. C'est quelqu'un de très sensible qui est toujours inquiet pour nous.


Fatoumata est une petite étoile de la danse. Une de ces filles qui survole tout le monde. Elle est si belle qu'elle rend la gaieté à tout le monde à chacune de ses apparitions.


Toujours en danse, mais cette fois-ci en 3ème année : Sussaba et Acetou. La première est une fille extrêmement entêtée, parfois un peu tourmentée. Mais elle apporte beaucoup de vie à nos repas au restaurant Botanic les midis. Acetou est quant à elle, très compréhensive et fascinée par notre périple et notre parcours. On peut facilement entamer la discussion avec elle et rebondir sur de nombreux sujets.


Nous arrivons maintenant chez les "théâtreux", ces gens un peu déjantés, de qui il ne faut croire aucune parole car ils ont un malin plaisir à s'inventer des rôles en dehors de leurs cours. Il ya a donc Sira, une fille pleine d'énergie et dont le sourire ne s'arrête jamais de rayonner. Elle dynamise beaucoup sa classe et les gens qui se retrouvent à sa portée.


Quand on dit que Sira a beaucoup d'énergie, Mariame c'est vraiment de la dynamite à côté. Une fille très mignonne qui ne paie pas de mine et qui renferme un caractère trempé, qui bouge dans tous les sens. Au point même qu'à un cours de théatre elle ait réussi à se démettre une épaule en faisant la comédie.


Tuncara complète le trio féminin des "théâtreux" du Conservatoire. C'est une fille élégante et très ouverte d'esprit avec qui nous pouvons parler de choses sérieuses quand il le faut et bien rire si l'occasion se présente.


Enfin, Ismael ressemble à un petit bonhomme dont le corps renferme une agilité extraordinaire. Il est extrêmement expressif et mène un peu cette classe dans la joie et la bonne humeur avec son humour débordant.


Enfin on ne peut pas arrêter là sans parler de la belle Tanti. Il s'agit de la femme qui s'occupe de la cuisine et du service au Conservatoire. A vrai dire, elle parle autant le français que nous parlons le bambara, mais aussi incroyable soit-il, nous avons l'impression de nous être toujours bien compris. Notre relation avec elle a toujours été étrange mais très amicale et sympathique. C'est un peu la maman des étudiants du Conservatoire.


Voilà, ce tour d'horizon de nos amis maliens est terminé. Nous n'avons pas le temps de décrire toutes les autres personnes que nous avons croisées tellement elles sont nombreuses. Cet échantillon représente néanmoins ceux avec qui nous pouvons vraiment dire qu'il s'est dégagé une très grande amitié. Nous les garderons très près dans nos têtes et dans nos coeurs.

lundi 10 décembre 2007

Ballade à Ségou (Journée 2)

Le réveil est difficile après une nuit peu reposante mais tout le monde se lève tranquillement pour profiter de ce deuxième jour. Au sein de la cour où nous dormons se trouve un puits où l'eau est puisée pour se laver et faire la cuisine. Le puits fait entre dix et quinze mètres de profondeur et est recouvert d'une simple tôle avec tous les gamins qui jouent autour. Il n'y a pas eu de drame mais en voulant puiser de l'eau avec l'outre, Fatou a oublié de vérifier l'accroche de la corde au bord du puits. Résultat: l'outre en chambre à air flotte au fond du puits. Eclats de rire, c'est malin! Nos voisins nous rassurent "y a pas de problème" et nous expliquent que ça arrive et que ce n'est pas grave. La scène est tout de même assez comique.









Sur ce, un des voisins débarque avec un crochet pour récupérer l'outre mais au moment de la remonter, le noeud retenant le crochet se défait et celui-ci disparaît au fond de l'eau accompagné de son chargement. Fatou ne sait plus trop où se mettre et les discussions vont bon train. Finalement, un homme descend dans le fond du puits en s'agrippant au long de la paroi dans les trous prévus à cet effet. Sa tête réapparaît quelques minutes plus tard avec tout le matériel. Pour les remercier Fatou leur paie le thé pendant que nous prenons notre petit déjeuner dans un boui-boui du quartier. Merci Fatou pour cette animation matinale.
La matinée est consacrée au shopping en bons touristes que nous sommes et nous décidons de partir manger de l'autre côté du fleuve et de passer l'après-midi là-bas.













Ibrahim nous emmène donc sur sa pinasse (pirogue du Niger) pour traverser les 600, 700 mètres qui nous séparent de l'autre berge. Nous débarquons donc dans un petit village bozo (pêcheur du Niger) appelé Kalabougou fait de huttes en terre et toits de paille. C'est exactement l'image que l'on a du village africain typique. Nous nous installons à quelques mètres du fleuve pour manger du riz avec du poisson en sauce sous une cahute tenue par une mama qui est occupée à vider ses poissons.






Le village s'étend le long de la berge et notre petite troupe s'éparpille en petits groupes ou seul pour découvrir et profiter de cet endroit magique. L'endroit est calme et rythmé par l'arrivée et le départ régulier des pinasses qui font office de bac pour traverser. Au détour des petites ruelles en terre, dans l'entrée des petites cours, on aperçoit des femmes occupées à cuisiner, déquortiquer ou encore tisser pendant que les enfants jouent dans l'eau. Les maisons semblent sorties de terre car leur couleur ocre se mêle avec celle du sol.







A l'arrière du village, un immense manguier tondu sur le dessous par les animaux semble veiller paisiblement sur ce petit bout de terre. Je ne peux m'empêcher de grimper dans ses branches, accompagné de quatre gamins dont Ibrahim, un petit qui me suivra toute la journée tandis que Djéneba ne résiste pas à une sieste à l'ombre de ses branchages.













Fatou dessine au bord du fleuve, Shaka est parti à la découverte des alentours accompagné de Ballà et Mussa. L'arrière du village est un marécage traversé par un chemin rejoignant le village où passe de temps en temps une charrette remplie de bois avec son âne et son jeune cocher. On a presque envie de s'asseoir à l'arrière pour rentrer au rythme des sabots mais il est fort possible que celui-ci ne touche plus le sol au moment où nous grimperons dessus.



























L'après-midi passe paisiblement pendant que le soleil descend tranquillement sur l'horizon offrant un paysage orangé, reflété par le fleuve avec des éclats de lumière dorée. C'est idyllique et on ne s'en lasse pas. Cette ambiance, ce paysage, ces gens qui font que l'on gardera des souvenirs magiques de l'Afrique. Ibrahim nous appelle, il est temps de rentrer accompagnés des dernières lueurs du soleil sur le fleuve qui s'étend de tout son long.


Pour nous remettre de nos émotions, nous buvons un verre sur une terrasse qui donne sur le fleuve. Nos voisins de table étant deux crocodiles fort charmants enfermés et exposés aux clients de passage. A quelques mètres d'eux avec une grille, ils restent tout de même extrêmement impressionnants surtout quand ils bougent pour aller engloutir un crapaud dans leur bassin. Après ce petit apéritif, nous rejoindrons un boui-boui pour dîner à la lueur des bougies car le patron n'a plus d'électricité. Nous attendrons longtemps dans la pénombre avant l'arrivée des couscous et autres spaghettis. Tout le monde est fatigué et décide de rentrer se coucher de bonne heure tandis que notre piroguier Ibrahim part faire la fête au golfe.


Le lendemain matin la petite troupe se sépare.





Ballà, Shaka, Mussa et moi-même (Famaka) rentrons en direction de Bamako par le bus de 9h tandis que Fatou et Djeneba partent sac à dos et baskets aux pieds en direction du pays dogon en passant par Mopti et Djénné. Bon voyage les filles!