La fin de notre séjour approche, et il nous paraissait bien dommage de ne pas avoir tout essayé dans ce beau pays.
Evidemment, même si nous avions plusieurs années devant nous, nous ne pourrions pas tout entreprendre ici.
Néanmoins, à plusieurs reprises nous avons rencontré des maliennes qui portaient sur leurs mains, leurs chevilles et sur leurs pieds de drôles de tatouages.
Ces tatouages sont en réalité des tatouages au henné traditionnel. Ils sont portés à l’approche d’un éventuel mariage et sont assez appréciés au Mali. Cela se comprend vu la recherche et la finesse des motifs employés.
Puis un jour, Djeneba se lança dans l’aventure et s’en fit faire avant son départ fin décembre. Nous étions fascinés par le résultat et bien sûr, un peu jaloux.
Du coup, Famaga, Chaka et Balla (Yves, Victor et Benoît) ont tenté l’expérience à leur tour. Seulement ces tatouages ne se font pas n’importe où, et la barrière de la langue pourrait nous compliquer un peu la tâche.
Et c’est l’adorable Sira Sissoko qui s’est portée garante de nous emmener les faire faire au marché de Médine.
C’était encore l’occasion de passer toute une après-midi avec elle.
On s’enfonce donc dans le marché, on passe à côté des friperies et des petits artisans, puis on arrive sur une dalle en béton d’une trentaine de mètres, couverte, sous laquelle des dizaines de femmes sont en train de coiffer, de tatouer…etc.
C’est assez impressionnant. Il n’y a aucun homme. Autant dire que nous sommes encore en train d’innover. Sira s’avance et expose aux jeunes femmes notre volonté de nous faire faire les tatouages. Mais nous sommes un peu plus extravagants car en plus des pieds et des mains, nous voulons en avoir sur nos avant-bras ce qui ne s’est jamais fait !
Tout le monde rigole. Mais ce n’est pas vraiment des rires de moquerie. Mais plutôt des rires de surprise et un peu de fascination comme nous l’explique Sira.
Une vieille doyenne qui se trouvait tranquillement assise dans un coin, se leva et s’écria en riant quelques mots en bambara qui firent jaser toute l’assemblée.
Elle venait à peu près de dire : « Comment se fait-il que les Toubabous soient si incroyables et osent là ou nous n’avons pas osé le faire ? »
Nous sommes donc pris en charge par deux charmantes jeunes filles et tous les enfants qui s’approchent pour mieux voir ce spectacle si atypique. Nous, on se marre déjà.
On nous présente alors plusieurs catalogues dans lesquels se trouvent des dizaines de motifs différents. Mais avant tout il s’agit de choisir précisément quel type de procédé on désire. Il en existe deux sortes :
· Le premier est directement issu du tatouage traditionnel. Il est long à faire, peut brûler un peu la peau, et ne tient pas très longtemps dans le temps.
· Le second plus chimique, se fait en quelques minutes, n’a aucun effet sur la peau et dure plus longtemps.
Bien sûr nous avons choisi le premier type de tatouage, vous nous connaissez un peu maintenant. Tout d’abord parce que les motifs étaient beaucoup plus beaux et ensuite parce que nous avions tout notre temps pour découvrir leur méthode de travail.
Ainsi, après que chacun ait choisi son motif, on nous emmena au bord des marches pour nous laver les pieds et les mains avec de l’eau.
La suite n’est pas une histoire érotique même si ça pourrait y ressemblez un peu. Vous avez seulement l’esprit décalé !
Puis une très charmante jeune fille emmena Balla pour commencer à lui faire le motif. Elle s’installa face à lui sur un tabouret au ras du sol de telle manière à avoir son pied posé sur ses jambes accroupies.
Dans une main elle tenait un petit rouleau de bande adhésive et dans l’autre une lame de rasoir. Elle commença par dérouler la bande pour venir y découper dans la longueur de minuscules fils avec sa lame tout en croisant entre ses genoux le rouleau.



C’est assez impressionnant quand on voit la précision de ces gestes qui découpent de manière régulière ces longues bandes adhésives.
Une fois qu’elle en a suffisamment, elle en positionne l’extrémité sur le pied. Puis elle commence à dessiner en découpant chaque morceau à même la peau avec sa lame de rasoir. On ne sent absolument rien tant elle fait ça vite mais en douceur.
Elle n’a pas besoin de la photo dans le catalogue car elle connaît le motif par cœur. Pour quelqu’un qui s’y connaît un peu en dessin, on apprécie vraiment sa manière de procéder. Elle commence ainsi par construire le dessin en y créant les grands ensembles, les différentes parties qui accueilleront les motifs.
Puis dans un deuxième temps, elle les remplit de motifs géométriques, aussi petits que précis. Autant dire qu’on est impressionnés par la vitesse d’exécution.



Pendant ce temps-là, une autre femme a commencé à s’occuper de Famaga pendant que Chaka observe, admiratif, et prend des photos.
Très rapidement le premier pied de Balla est terminé. C’est vraiment très beau. Le motif est donc en négatif et en blanc ce qui rend un effet vraiment intéressant.


Puis elle attaque avec autant de rapidité le deuxième pied. Puis c’est au tour des deux mains et des avant-bras.
Famaga qui avait pourtant commencé après, termine en premier, laissant la place à Chaka. Une fois les motifs terminés, une troisième jeune fille vint recouvrir chaque motif d’une boue épaisse qu’elle malaxe avec les mains. C’est le henné. Elle la dépose sur la peau par-dessus les bandes adhésives en y ajoutant régulièrement de l’eau.



Puis une fois terminé, elle recouvre le tout avec un sac plastique opaque pour que les rayons du soleil n’agissent pas sur la boue.
On attend comme ça presque deux heures avec les pieds et les mains invalides.
On ressemble à une belle bande d’handicapés. Heureusement que Sira est là pour s’occuper de nous. On discute avec elle tranquillement.
C’est un véritable plaisir de passer un tel moment avec elle. C’est vraiment quelqu’un d’étonnant. On devient donc de véritables « maliennes » à papoter toute l’après-midi comme dans un salon de manucure.


Au bout de deux heures, on revient vers nous pour nous retirer le tout : les sacs plastique, la boue et les bandes adhésives.
À la place, il reste le motif de couleur rouge qui s’est incrusté entre les bandes.



C’est vraiment super. Maintenant vient l’étape la plus désagréable :on va venir nous déposer une seconde mixture à base de soude sur la peau.
On se demande quel rapport il y a avec la méthode traditionnelle ? En fait, cette méthode est apparue par la suite pour accélérer le processus qui nécessitait de reproduire trois ou quatre fois ce que nous venions de faire avant d’avoir un tatouage bien noirci.
Ici la soude réagit avec les dépôts de henné et au passage brûle légèrement la peau.
On remet le tout sous sac plastique et c’est reparti pour 30 minutes d’attente.


Seulement celles-ci nous paraissent beaucoup plus longues et on regrette nettement le moment où ces jeunes filles faisaient délicatement les motifs. Au bout de 10 minutes on sent que ça chauffe bien, on ne vous raconte pas comment c’est au bout de 20 puis de 30 minutes.
Au final on retire le tout avec beaucoup de satisfaction. Tout d’abord car ça soulage et puis parce qu’on peut enfin apprécier les superbes motifs dont le noir ressort bien sur nos peaux de Toubabous.


Nous sommes très heureux du résultat. Et nous remercions ces jeunes femmes pour le magnifique travail qu’elles ont réalisées.
Nous remercions aussi Sira pour le temps qu’elle nous a encore offert et pour ce bon moment que nous avons passé avec elle. Cette femme est vraiment fantastique et elle restera l’une de nos plus belles rencontres au Mali.











Mais on ne pouvait pas s’arrêter là dans notre exploration.
On vous disait au départ que nous voulions tout essayer avant de partir.
Ainsi Balla en profita en partant pour se réserver un moment « coiffure Africaine » dans la semaine.
Il revint deux jours plus tard. La fille qui s’était occupée de lui (Mani) ainsi que 4 autre jeunes femmes (Kadi, Hawa, Mati et Matoumata) vinrent lui faire sa coupe de cheveux. Il voulait des petites tresses sur la tête. Celles-ci seront réalisées avec l’ajout de mèche de cheveux. Elles incorporeraient ces mèches aux cheveux en partant de la base en serrant très fort. L’opération fut extrêmement douloureuse mais devant ces jeunes filles, il n’était pas question de montrer la moindre faiblesse (la virilité c’est vraiment une belle bêtise).


Mais « il faut souffrir pour être belle » !
Puis une fois toute la tête recouverte de tresses, c'est-à-dire deux heures de souffrance plus tard, Mani la jeune coiffeuse, coupa les bouts de mèches qui dépassaient et en brûla les extrémités et les cheveux qui dépassaient.
C’était terminé. Balla, ressemblait enfin à un porc-épic.


Il remercia une dernière fois ces charmantes jeunes filles et quitta pour de bon cet endroit si étonnant sous les regards curieux de toutes les femmes qui s’y trouvaient aussi.


Ce fut encore de bonnes expériences pour la petite bande, ravie d’avoir découvert de nouvelles choses à seulement deux jours du départ. Ce pays n’en finira pas de nous surprendre.