Nous rêvions de train à travers la brousse d’Afrique de l’Ouest mais c’était bien optimiste. Dans la gare coloniale, notre déception est grande quand le guichetier nous apprend que le train a trois jours de retard et que le jour de notre départ, il sera à Dakar et non à Bamako comme nous l’espérions. Tant pis il va falloir se rabattre sur le bus. Déjà nous sommes happés par deux maliens qui nous amènent au guichet de la compagnie de bus. Elles ont de l’avenir vu l’efficacité du chemin de fer local. Les billets sont pris et notre départ reculé de deux jours. Ce ne sera pas deux jours de trop pour dire au revoir à tous ces gens qui vont tant nous manquer.

Les derniers jours filent et nous sommes fin prêts. La maison se ferme, les bagages se terminent devant la porte. Il fait nuit noire quand nous quittons Boubacar et Nana sur le pas de notre portail. On est pris au ventre. Les adieux sont courts mais intenses et notre silence dans le taxi nous permet de prendre conscience de notre départ. Nous avons du mal à y croire. Les deux voitures jaunes bien chargées nous emmenent chez Habibatou qui nous accueille pour la dernière nuit à Bamako.La bonne petite soirée passée en compagnie de ses soeurs accentue notre regret de quitter tout ça mais nous terminons sur une note bien sympathique. Il est 7h du matin le taxi est devant la porte. Au revoir Habibatou, Bintou, .... et .... Nous quittons définitivement tous ces gens. Nous avons le coeur serré. A bientôt les filles.






Le bus nous attend. Après avoir enregistré les bagages avec un numéro noté sur un scotch, nous montons dans un premier bus quasiment vide pour rejoindre le terminal de la compagnie. De là, nous embarquons dans un énorme engin avec des rangées de cinq places pleines à craquer de passagers serrés à cause de l’étroitesse des fauteuils. Il reste quelques places tout au fond comme à l’époque des bus scolaires. Malheureusement ce sont bien sûr les pires places de tout le bus puisque c’est là que les méandres de la route sont ressentis le plus violemment. Nous avons 43h devant nous pour le vérifier. Bamako défile, le bus emprunte la route qui nous a permis d’atteindre cette ville trois mois auparavant. Nous sentons bien que quelque chose se termine mais nous nous refusons à le croire. Il faut se laisser porter. A côté de nous, deux jeunes étudiantes togolaises font le voyage avec nous : Nadia et TchoTcho.




Elles font leurs études à Dakar et étaient venues à Bamako pour les fêtes. Elles nous expliquent que pour rejoindre Dakar à Bamako une semaine auparavant, elles ont mis 4 jours au lieu de deux en changeant deux fois de bus. Ca promet. Le bus roule à une vitesse constante variant entre 90 et 110 km/ h quelle que soit la route. Nous manquons de basculer dans les virages et de nous prendre le plafond au rythme des trous et de la musique africaine qui envahit le véhicule. C’est impressionnant, nos fesses s’envolent de 20 centimètres de notre fauteuil.

La route traverse Diédjéni et Dièma et continue vers la frontière sénégalaise que nous atteindrons dans la nuit. Le paysage s’est transformé depuis l’aller. La brousse s’est considérablement asséchée et une poussière s’est déposée sur toute la végétation. Non loin de Kayes, le relief change et nous traversons de petites montagnes au coucher du soleil. Dans le bus, nous tuons le temps en dormant tant bien que mal ou nous discutons avec nos voisins et voisines. Dans la nuit, nous nous arrêtons au moins cinq ou six fois aux différents postes de police avant d’atteindre le poste de douane. Chaque arrêt est l’occasion de vérifier les passeports de tous les passagers et pour certains de payer un bakchich en fonction de leur nationalité. Il y a dans le bus, des maliens, des sénégalais, des nigériens, des béninois et j’en passe. Tard dans la nuit, nous arrivons enfin au poste de douane. Nous attendons tous dans une cour emmitouflés dans nos manteaux et nos chèches, l’appel de notre nom provenant du bureau faiblement éclairé.



Enfin nous sommes au Sénégal. Il est temps de rejoindre le bus pour tenter de dormir un peu. Nous repartirons le lendemain matin après une nuit impossible. Le lendemain, au lever du soleil, un café au lait chaud et un bout de pain dans un boui-boui est un vrai bonheur .

Comme un dernier salut du Mali, nous croisons le train qui part vers Bamako. L’instant est magique. Il passe devant nous lentement et disparaît. La journée est encore longue dans la brousse sénégalaise et le temps est ponctué par les fouilles des bagages et les pauses-cantine et prières dans les villes comme Tambacounda.



Le paysage est monotone. A un poste de police, un énorme engin de chantier stationne en panne au bord de la route. C’est en fait un camion géant servant dans les mines d’or de l’est du Sénégal. C’est un véritable monstre. Les roues mesurent au moins trois mètres de diamètre. Victor ne résiste pas à l’envie de monter dessus, accueilli par le chauffeur et le mécanicien et est très vite rejoint par Yves et Benoit. L’engin est hors norme. On dirait un jouet géant, un véritable rêve de gosses. Zut, nous sommes appelés pour la ènième fouille de bagages et le départ du bus.




Le bus fait de plus en plus de bruit. Nous nous demandons s'il tiendra tout le trajet vu comme il est traité par les deux chauffeurs. La journée passe, nous filons droit vers le soleil qui tombe à l’horizon. Nous pénétrons dans la banlieue de Dakar. Une heure après, il est 23H et le bus coupe les moteurs devant les entrepôts de la compagnie. Soulagés d’être arrivés, nous ne savons toujours pas trop où dormir. Un petit hôtel pas cher appelé Hôtel du Marché paraît convenir. Nana et Tcho tcho avec qui nous avons sympathisé pendant le voyage, nous aident à trouver un taxi pour rejoindre nos lits. Les Taximen ne connaissent pas leur ville et il faut faire attention à ne pas tourner pendant des heures. Dakar semble être une ville bien plus occidentalisée que Bamako. Nous rejoignons finalement notre hôtel dans le taxi plein à craquer. A l’entrée, un attroupement de jolies nanas en toute petite tenue: l'établissement est en fait un hôtel de passe! Ce n’était pas précisé dans le guide. Nous sommes un peu surpris mais ça reste un hôtel.




Notre chambre est tout de même très correcte et spacieuse. elle donne sur une petite cour et possède une douche...chaude et deux grands lits où nous nous endormons comme des masses. Bienvenue à Dakar.