Carnet de Voyage

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mercredi 23 janvier 2008

Séjour à Dakar, à Ecopole ENDA Tiers-Monde.

Pour terminer notre grande aventure et notre petit passage à Dakar, il s’agissait quand même de parler un peu de choses sérieuses et donc un peu de travail. Principalement il s’agit d’un élément dont nous avons été toujours soucieux dans notre projet : la « relève » qui va nous remplacer l’an prochain.
À Dakar il y a une deuxième école dont Strate Collège est aussi partenaire comme pour le Conservatoire de Bamako.
Cependant après dix ans d’échanges, cette année fut stérile puisqu’aucun étudiant français n’a choisi cette destination.
Nous voulions ainsi profiter de notre passage au Sénégal pour représenter l’école, montrer que l’échange est toujours bien d’actualité et surtout pouvoir revenir avec des images et des informations nécessaires pour convaincre les futurs « 4ème année » de se joindre à ce partenariat.
Car dès notre retour, chaque étudiant ayant goûté aux fameux échanges internationaux, est chargé de présenter un petit exposé de son voyage devant toute sa promotion ainsi que celle de l’année inférieure, future concernée.
L’objectif est de promouvoir chaque destination. De donner envie et d’informer les 3ème année qui comme nous l’an passé, sont un peu déboussolés par cette fabuleuse expérience.
Nous n’allons pas être déçus par notre visite à Ecopole.
Nous prenons donc contact avec eux après que Yves ait perdu malgré lui, plus de deux fois le numéro de téléphone de l’école.
On arrive enfin à s’y rendre. L’école est située dans un bidonville de Dakar non loin de la grande Mosquée.

Ça bouge dans le quartier. Ça sent une odeur de pourriture et d’épices que nous avons déjà rencontrée dans les marchés marocains. De gros camions de marchandises de couleur jaune évidemment sont stationnés devant l’institution.




Nous passons le portique et nous nous présentons à l’établissement.
Nous n’étions pas attendus mais ce n’est pas grave. Ni une ni deux, nous sommes accueillis comme des rois. On nous installe dans une salle, avec Internet et tout le tralala en attendant la direction qui ne devrait pas tarder à arriver.
Puis tout le monde nous salue en arrivant fièrement à l’école. C’est enfin au tour de Zéna, que nous attendions, de venir vers nous.
C’est la directrice adjointe de la Maison. Elle nous embrasse avec plein d’énergie, montrant que nos deux établissements partagent vraiment des rapports très amicaux.
Elle nous accueille ensuite dans son bureau pour discuter.
Elle est ravie de notre visite ici. C’est totalement réciproque.
Elle commence alors à nous parler de l’établissement que nous sommes venu découvrir.
En réalité ce n’est pas une école, mais une institution qui combat « la pauvreté ».
« L’Ecopole est née d’une décennie de luttes menées avec ENDA : celle des bidonvilles des grandes cités Africaines, de multiples groupes de bases ( jeunes, femmes, petits métiers, artistes...), d’associations, de municipalités et de plusieurs administrations – contre la pauvreté, pour un environnement meilleur et pour une citoyenneté effective.
Ce qui bouge dans la ville, ou dans d’autres, l’Ecopole s’en fait l’écho.
Elle expose, crée, débat et redistribue. Lieu de contact, de production, de formation, d’échanges multimédia, elle se veut, par rapport à l’économie populaire, une « caisse de résonance » et une instance d’appui multiforme et évolutif ».
Voilà les grandes lignes de son discours. Il sensibilise tout le monde qui l’écoute. On a à faire à une boîte qui fonctionne et qui bénéficie de pratiquement 40 années d’expérience. Aujourd’hui elle se déploie dans plus de 13 sites à travers le monde et ses locaux à Dakar en représentent le siège.
C’est totalement incomparable avec le Conservatoire de Bamako.
Quand celui-ci est naissant, encore aseptisé par l’aide gargantuesque de l’Union Européenne dont il a du mal à tirer la qualité d’une véritable formation internationale, ENDA Tiers-Monde quant à elle, est autonome, efficace et lucide quant à ses objectifs tout en fonctionnant avec le minimum. Evidemment ça charme quiconque s’y intéresse, surtout nous qui avons dû tant nous battre à Bamako pour mettre en place des choses qui, ici, sont des évidences.
C’est en tous cas très intéressant pour nous et encore plus pour ce qui pourra être fait entre Bamako et Dakar dans le futur. À première vue, l’échange avec l’Afrique et ces deux établissements ne peut être que plus fort l’an prochain.
Cependant nous ne pourrons pas rester plus longtemps ici.
Comme nous choisissons bien nos moments pour arriver à l’improviste, celui-là est pour l’école le moment de partir en manifestation. Une manifestation contre les fameux APE (Accords de Partenariat Economique).
Des APE dont personne n’a entendu parlé en Europe et dont tout le monde s’inquiète en Afrique.
Et pourtant c’est bien l’Europe qui les a proposés. Le principe : faire des accords économiques privilégiés avec des pays d’Afrique en supprimant entre autres les taxes douanières pour soit-disant faire davantage mûrir la croissance réciproque. Seulement, bizarrement, l’Afrique du Sud et le Sénégal qui sont parmi les économies les plus fructueuses d’Afrique ne l’entendent pas de la même oreille. Ils sont apparemment suffisamment développés pour voir l’arnaque arriver à leurs portes. Leur économie encore trop fragile ne résisterait pas un seul instant aux déferlantes de produits manufacturés européens, plus modernes, mieux conçus, mieux organisés… les conséquences seraient ainsi désastreuses pour tout un continent qui peine déjà à s’en sortir.
Nous ne dirons pas le contraire, nous qui avons vu à Bamako ce dont était capable Total ou Orange apparemment en quelques années. Etouffer toute la concurrence.
Petit aparté de politique économique pour dire un peu ce qui se passe ici.
Evidemment nous soutenons cette révolte. Mais malheureusement nos petites têtes de « blancs » ne pourront prendre le risque si près du grand retour, de se glisser dans la manifestation prévue cet après-midi.
Nous compatissons totalement en tout cas.
Donc petit break de deux jours entrecoupé par l’aventure sur la fameuse île pseudo bretonne dont vous connaissez déjà les récits, avant de revenir à Ecopole.

Nous sommes donc de retour à ENDA après un bon moment de repos à Gorée.
Cette fois-ci, Zéna doit nous faire visiter les locaux et les activités qui se déroulent à ENDA.
Un des intervenants nous prend sous son aile et nous emmène pour la visite.

On passe d’abord dans les locaux administratifs, de réunion, les salles polyvalentes et bien sûr nous arrivons vers les ateliers.
Ces ateliers sont au nombre de quatre aujourd’hui quand ils étaient onze il y a quelques années. La cause est un remaniement du rôle de l’établissement qui, pour cause de budget ne forme plus de manière active les jeunes des quartiers défavorisés à des métiers d’artisanat et de récupération.
En revanche, elle leur propose des locaux pour leurs ateliers et leur permet de s’autogérer : formation entre eux des jeunes, appui logistique et soutien pour réaliser des commandes avec l’extérieur.
Nous sommes impressionnés par leur production.
On entre ainsi dans le premier atelier. Celui-ci réalise un travail à base de feuilles d’aluminium. Celles-ci proviennent des usines d’agro-alimentaire du port de Dakar, et sont des impressions de packaging loupées. Ici elle retrouveront une nouvelle vie sous forme de petites créations que nous avons tous déjà vues. Elles seront revendues aux touriste de passage à Dakar voire même exportées en Europe dans des marchés.


Le deuxième atelier est un atelier de poterie. Chaque pièce produite est unique.
Le suivant est un atelier de fil de fer. C’est vraiment impressionnant. Les objets représentés le sont tout autant. En plus du fameux vélo et de la moto en fil de fer, il y a là des saxophones et des bustes de personnage grandeur nature, ou encore des lustres destinés à des commandes privées.



Enfin le dernier atelier est un atelier travaillant avec les bouchons en métal de nos fameuses bouteilles de soda. On crée ici des boîtes, des dessous de plat, des mallettes…




C’est vraiment très créatif et de grande qualité.
La visite ne s’arrête pas là.
On nous présente désormais un bâtiment en construction : c’est la future cantine du quartier financée intégralement par les actions de ENDA Tiers-Monde. À côté se trouvent les futurs locaux informatiques destinés à la formation multimédia de certains jeunes du quartier.


Maintenant nous sortons de l’enceinte d’Ecopole.
Car vous l’avez bien compris, son action ne se passe pas intégralement entre ses murs mais bien au-delà. En effet elle travaille sans cesse avec tout le bidonville qui l’entoure car son objectif est que sa propre activité rayonne sur tout le quartier.
Nous ne mettons pas longtemps à en réaliser sa totale réussite.
On nous montre la présence de route goudronnée, d’atelier d’artisanat, de centre de récupération des déchets pour leurs activités, d’une école pour jeunes et pour adultes qui y viennent spontanément. Tout cela est arrivé là, grâce à Ecopole.





Nous sommes enchantés.
Tous ces artisans à proximité qui ont totalement compris le rôle de la création pour s’en sortir est un véritable aubaine. Avec un tel contexte de travail, nous ne pouvons qu’imaginer le nombre de projets intéressants qui pourraient être organisés par les futurs étudiants de Strate Collège ici.
De plus la considération de la récupération que nous avons tenté vainement de mettre en place au conservatoire de Bamako est la base du travail artisanal ici.
Nous sommes vraiment heureux de cette visite.
Nous repartirons avec encore plus de choses à raconter et de bonnes raisons pour que Strate se tourne un peu plus vers l’Afrique.
Nous finirons notre journée dans l’enceinte de l’institution qui nous accueillera jusqu'à notre départ pour l’aéroport dans la nuit.
Nous sommes une nouvelle fois très heureux de ces rapports qui existent entre nos écoles. Nous sommes aussi enchantés par la manière dont cela s’anime et la direction positive vers laquelle tout le monde semble s’engager.
Nous terminons en quelque sorte notre travail ici, si on peut dire cela. Avec une dernière rencontre fructueuse pour nos petites têtes.
Nous espérons en tout cas que l’année qui va venir, sera amplifiée de tout ce que nous avons tenté de commencer. Nous leur souhaitons en tout cas bon courage.

Arrivée à Dakar et sur l’île de Gorée (Partie 3)

Après quelques formalités dans la ville nous repartons vers notre belle île de Gorée.

Nous sommes allégés de nos affaires que nous avons laissées dans un endroit sûr dont nous vous parlerons plus tard.
On a juste de quoi dormir et dessiner.
Parfait pour passer de vraies vacances.
On retrouve donc le « Beer », la traversée et la baie de l’île.
Ça y est, nous y sommes. Elle commençait déjà à nous manquer.
Cette fois-ci on n’attend pas longtemps pour se poser sur la plage.
Ce sera notre rendez-vous journalier. Incontournable dans ce beau décor.


La température n’est cependant pas celle de Bamako et il ne fait pas plus de 25 degrés.
Mais on ne va pas se plaindre quand on sait ce qui nous attend dans quelques jours.
On s’allonge puis on commence à « croquitter ». Chacun part dans son coin pour profiter du calme, du bruit de la mer et pour se plonger gentiment dans son dessin.
Le coucher de soleil est magnifique. Il donne une couleur unique à cet environnement déjà si coloré.


On finit par s’éloigner au point de ne plus se voir. Ce n’est pas grave car l’île ne fait que 900 mètres de long et on ne mettra pas longtemps pour se retrouver.
On se rejoint donc quand nos estomacs commencent à crier famine. Bizarrement au même moment pour nous trois. On va dans un petit restaurant dans le centre du petit village.
On y mange du bon poisson grillé.
Puis avec notre paquetage réduit, nous montons vers les hauteurs. Là-bas nous savons où passer la nuit.
Vico avait la veille rencontré un Rasta fort sympathique qui nous proposait de nous loger dans une tente pour 6000 francs CFA (9 euros), autant dire rien du tout. Le tout situé sur son bunker face à la mer. Le paradis pour nous.
On arrive devant son « chez lui ». Il se nomme Sidi et il est assis à coté de ses amis à discuter quand nous entrons dans le bunker.



Il nous emmène à la tente qui se trouve au-dessus, avec une petite table pour manger et une chaîne hi-fi qui nous balance du super jazz.
Ces gens sont étonnants et nous n’avons qu’une hâte de mieux les connaître.
Avant de se coucher on retourne à notre canon favori. On y passera un long moment à regarder la mer obscure, les supertankers et les pétroliers qui attendent à l’abri de l’île leur autorisation de rentrer dans le port de Dakar.


C’est agréable et quand quelqu’un passe tout près, nous entamons de belles discussions avec ces gens qui ne ressemblent en aucun point aux Dakarois.
On se serre un peu dans la tente prévue pour deux personnes, et on s’endort comme des bébés. Au petit matin on est parés pour aller voir le lever du soleil.
On est déjà postés sur le bout de l’île pour apprécier les premières lueures du jour.




Puis on récupère notre matériel à dessin. On va d’abord manger un bon petit déjeuner dans le village. Au menu : baguette de pain, confiture, beurre et chocolat chaud. Une configuration gastronomique qui nous manquait un peu.
Encore du plaisir.
Puis on s’éparpille encore avant de se retrouver pour visiter la Maison aux Esclaves.
Sans doute le lieu le plus fort de l’île.
On rentre et on attend que le guide arrive. C’est un vieil homme qui, après l’arrivée de chaque chaloupe, ressort le même discours. Un discours fort d’émotion et de détails sur cette tragédie qui a touché l’Afrique. Cet esclavagisme dont nous vous avions parlé et qui emmena 15 millions de personnes vers les Amériques. Ces esclaves qui partaient de bases situées sur l’Afrique de l’Ouest et Occidentale et de cette île si réputée.




On est consternés par ce qui s’est passé ici.
On peut remarquer au bout de la bâtisse, une porte qui donne directement sur la mer. Les vagues se déchaînent à ses pieds. C’est « La porte du voyage sans retour ». On comprend alors un peu mieux cet épisode sombre de l’histoire européenne qui fit comme sous l’ère nazie une véritable exploitation de la race Humaine, en déportant, reproduisant les « races dites fortes », et en exterminant les « faibles ».
C’est un endroit dont on sort tout retourné et c’est le but escompté.
Il sera difficile de se balader sur ce petit bout de terre sans y penser maintenant.
On retourne donc au bunker de Sidi pour manger un bon plat que sa femme nous a préparé.
C’est donc toute une famille qui vit ici. Dans ce vieux bunker anti-aérien que Sidi a retapé il y a 20 ans de cela. Maintenant à la place de l’arme meurtrière, se trouve un palmier, et les range-munitions servent pour entreposer ses plantes. L’intérieur est une vraie petite maison et la terrasse lui sert d’atelier pour faire ses peintures.
Car ici tout le monde semble être artiste. Tout le monde sculpte, tout le monde peint et tout le monde s’instruit.
On ne met pas longtemps à s’en rendre compte quand on discute avec n’importe quel habitant de l’île. Ils sont très au courant de ce qui se passe sur le continent et dans le reste du monde. Car quand ils ne peignent pas, ils lisent ou écoutent la radio.


Nous apprécions énormément cette situation.
Une île qui nous semblait abandonnée à des gens coupés du monde et vouée à accueillir les vagues de touristes, est en réalité un petit coin de paradis, qui a accueilli des intellectuels, des penseurs à leur manière, des gens simples et discrets.
Sidi nous renvoie d’ailleurs vers le fameux canon où nous pouvons aparemment entrer et pénétrer dans ses nombreuses salles blindées. Dedans nous devons y retrouver quelques-uns de ses amis rastas qui ont investi les lieux pour y jouer de la musique et y peindre à l’abri des touristes. On y va de ce pas.




On entre pas le dessus, dans les écoutilles supérieures du canon.
Puis deux étages plus bas on arrive à la base de l’immense arme.
Rien ne semble avoir disparu, et si les canons n’avaient pas été creusés sur leur extrémité, on imagine bien que ces engins pourraient encore servir.
Maintenant c’est devenu un bel abri pour des gens qui vivent dans plusieurs chambres de 12 mètres de long.
On avance dans les long couloirs bétonnés, pour arriver sur les salles qui devaient sans doute abriter les munitions, puis sur la salle des machines.
On sort enfin par une petite porte située face à la mer. On aura trouvé personne à cette heure-là. Tant pis ce fut encore une balade étonnante.
On n’a plus qu’à aller à la recherche de belles maisons à dessiner.



On s’enfonce de nouveau dans la vieille ville que vous devez bien connaître maintenant.
On s’assoit au milieu des fleurs et des baobabs. On profite du soleil qui nous chauffe doucement la peau et on apprécie aussi le bruit de la mer qui résonne sur les murs des vieilles maisons coloniales aux milles couleurs.





On est bien là ! comme dirait l’autre. On est bien !
Puis la nuit retombe et on rentre.
On goûte les fameuses « pastelles » du pays (plat typique sénégalais) et on se retrouve de nouveau sur le bord du bunker pour scruter la nuit qui tombe et la mer un peu agitée.
Au matin on savoure nos derniers instants ici.
On reprend nos petites promenades pour ne pas en manquer une miette.



Les rastas qui sont ici et là à peindre et les petits vendeurs de colliers semblent nous connaître maintenant. On fait désormais un peu partie du paysage. Il est temps pour nous aussi de repartir. On a bien apprécié ce moment de détente dans cet univers si atypique et si agréable.
On fait une dernière visite, celle du vieux fort qui se referme sur la baie. A l’étage de celui-ci les canons de l’ère napoléonienne semblent bien placés pour couvrir tout l’horizon. Nous sommes encore à une autre époque. Mais pour nous c’est le moment de partir. Encore une aquarelle ou deux et on y va.





On repart sur la belle chaloupe qui braille à coup de klaxon son départ de l’île.




On quitte tout ça le sourire aux lèvres comme à l’aller. Comme si le temps s’était arrêté pendant quelques jours après avoir passé 4 mois bien mouvementés.
C’est la transition du retour qui commence.
La France n’est plus si loin.
On rentre doucement vers Dakar. Nous avons un rendez vous.
En tout cas nous sommes tombés amoureux et nous reviendrons ici un jour.

Arrivée à Dakar et sur l’île de Gorée (Partie 2)

Nous sommes donc de retour sur l’embarcadère.
On attend un peu avec les nombreux touristes qui se sont agglutinés sous le porche de la gare maritime.
On déguste de belles oranges et nous achetons un melon qui sent délicieusement bon. Leur provenance : le Maroc. Pour le coup nous sommes vraiment ailleurs.
Nos billets achetés, la chaloupe arrive enfin. On laisse naturellement sortir ses passagers (On n’est pas des sagouins quand même !) et on s’engage à notre tour sur le bateau. On est entourés de grands bateaux de marchandise.
Un super tanker devant nous est en calle sèche, un immense ferry « floridien » se cache derrière les dockers et des bateaux de pêche recouvrent l’ensemble des quais. Certains d’entre eux sont apparemment chinois et confirment ce fléau de la pêche asiatique sur les côtes africaines dont nous avions entendu parler.



Notre chaloupe s’appelle « Beer ». Nous devons sûrement être en Bretagne.
En tout cas, Yves a les papilles qui frétillent et se sent un peu plus chez lui.
Nous quittons doucement la baie et ce port qui sent un mélange de marée et de pétrole. Devant nous se trouve la fameuse île.
Elle n’est pas si loin que ça. Enfin pas de quoi faire la traversée à la nage tout de même.
On profite de l’air marin qui se purifie plus nous nous éloignons de la grande ville.


On finit, 20 minutes plus tard par arriver face à la petite baie de l’île de Gorée.
La vue que nous avons devant nous est celle d’une carte postale.
L’eau est turquoise. La plage entravée entre de long bras de rochers, est recouverte d’un beau sable fin.
Les maisons qui font face aux grands pontons sont bien celles dont on nous avait parlé.

Elles sont de toutes les couleurs et recouvertes d’une végétation méditerranéenne.
Pour le coup, on ne sait plus où on est. L’architecture pourrait bien être Andalouse ou Portugaise mais certainement pas typique du pays.
Où sommes-nous en réalité ?
Sur une île qui a un passé lourd de malheurs.
En réalité cette île est extrêmement connue pour son terrible passé. C’est de là que les colonisateurs européens faisaient partir les esclaves pour le nouveau continent.
Ainsi, elle est passée sous l’hégémonie de toutes les grandes nations du vieux continent qui y ont construit un véritable village de « stockage » et de « reproduction » pour ces Africains voués à la servitude et à la longue traversée de l’Atlantique.
On prendra le temps de mieux comprendre cela par la suite.
Pour le moment nous sommes un peu fatigués par le voyage qui a précédé.
On se pose à la terrasse d’un petit restaurant face à la mer. On y déguste un bon repas et une bonne glace. On ne va pas se priver non plus dans un si bel endroit.
Puis la chaloupe de 16 heures arrive enfin. A son bord, Tchotcho et Nadia qui nous ont rejoints. Nous allons ensemble sur un bout de plage près du fort pour goûter un peu l’eau de mer et nous détendre.


C’est là qu’on apprécie beaucoup l’hiver à l’Africaine. Être sur une plage et se baigner dans l’eau est un luxe en plein mois de janvier.



Puis on repart visiter un peu, histoire de mieux apprécier l’ambiance locale.
On prend notre temps. A vrai dire on a tous les trois une idée derrière la tête.
En fait on pense tous à ne pas quitter cette île et à y revenir dès que possible pour nous permettre de faire le break après notre grande aventure. Le calme de l’île et son patrimoine peuvent nous occuper pendant quelques jours et nous permettre de mieux digérer tout ce que nous venons de vivre pendant plus de 4 mois.
A l’heure qu’il est, l’île s’est progressivement vidée de ses derniers touristes. L’ambiance a donc changée et bizarrement les jeunes sont sortis de nulle part. On y joue au foot, on chante. Le centre-ville s’est donc transformé en une immense zone de jeu où un gros baobab est en plein milieu du terrain de foot. Ça n’a l’air de déranger personne.
On marche donc en direction du vieil hôpital d’où nous parviennent des rythmes de djémbé. La bâtisse est désaffectée, mais les jeunes du village semblent l’avoir adoptée.




Pendant que les tout-petits dévalent les couloirs sur un vieux lit médical à roulettes, des jeunes sont dehors face à la mer, et jouent de toutes leurs forces sur des djembés et tambours de toutes tailles. À côté, des filles dansent et répètent une chorégraphie qu’elle semblent avoir préparée pour leur plaisir. En fait il n’y a aucun touriste à impressionner. Ils sont là pour eux, pour s’amuser ensemble.
On se pose là à les regarder un long moment.
On apprécie vraiment cette vie si improbable au milieu de nulle part et cette joie de vivre. Puis on continue notre marche vers les hauteurs de l’île.





On passe ainsi dans les petites ruelles escarpées du village historique et on commence à monter sur l’unique chemin qui va en haut de la colline.
Au milieu il y a un grand monument moderne symbolisant sûrement l’abolition de l’esclavage. À vrai dire ça ne ressemble à rien. On apprécie la structure mais pas sa place ici.
Puis on s’approche du bord.

Sur notre gauche : Dakar qui s’illumine doucement avec la tombée de la nuit. Et derrière nous une vue imprenable sur toute l’île dont nous parviennent toujours les chants rythmés du vieil hôpital. Nous sommes sur une immense plaque de béton qui va d’un côté à l’autre de la colline.
En réalité c’est un gigantesque bunker des première et seconde guerre mondiale.

Les français l’ont ainsi faite pour protéger l’embouchure de leur grande colonie de Dakar et du Sénégal. On voit ainsi apparaître sur chaque bord des abris anti-aériens, des bunkers de D.C.A, et sur la partie sud de l’île un immense canon de marine. L’engin est presque intact et les fûts font au moins 10 mètres de long.
On passe un certain temps à l’étudier et Yves finit par en trouver la date et le calibre. Il s’agit donc d’un canon de 240 mm daté de 1912. Des vieux qui se trouvaient là, nous expliquent qu’il n’a servi qu’une seule fois pour couler un croiseur anglais lorsque l’île était sous la direction de Vichy et que les FFL tentaient de reprendre Dakar. Peu de temps après, la garnison se rendit et l’immense complexe militaire ne resservit plus jamais.
Encore un vestige historique qui marque ce petit bout de terre au milieu de l’océan.
On profite du vent du large qui nous décoiffe un peu puis c’est l’heure de rentrer avec nos charmantes accompagnatrices. Elles sont vraiment étonnantes et ce sont encore de belles rencontres dans notre grande expédition.


On retrouve sur l’embarcadère le « Beer » qui nous attend sagement.
On repart dans la nuit en quittant derrière nous notre belle île qui s’endort doucement.
Ce n’est pas grave, ce n’est que partie remise car nous reviendrons demain.

Arrivée à Dakar et sur l’île de Gorée (Partie 1)

Une fois arrivés au Sénégal, il s’agissait de savoir quoi faire et surtout quand, vu le peu de temps dont nous disposions dans le pays.
Heureusement que Nadia et Tchotcho étaient là pour nous guider, elles qui vivaient dans la capitale Dakaroise depuis plus de 3 ans.
Après une bonne nuit dans notre hôtel de passe (il ne s’est rien passé nous vous l’assurons), nous prîmes un taxi direction l’embarcadère de Dakar.
On passe devant les docks du port industriel, puis on arrive enfin sur la zone pour voyageurs. Le bateau que nous devons prendre doit nous emmener à une petite demi-heure de Dakar sur une île appelée Gorée. Un petit paradis que tout le monde nous a amplement incité à aller voir. Seulement nous arrivons un peu en retard pour prendre la chaloupe de 12h, et un peu en avance pour prendre celle de 14h. Il est donc 13h si vous avez bien suivi.
Ce n’est pas grave car ça va nous laisser un peu de temps pour prendre nos marques. Loin de là l’idée d’uriner sur les trottoirs de Dakar, mais plutôt l’envie de marcher un peu dans les grandes artères de la ville.
L’embarcadère est en face d’une grande place, devant laquelle se trouve la gare principale. Le bâtiment est typique de l’ère coloniale et son architecture vaut la peine qu’on s’y intéresse quelques minutes.


On entre à l’intérieur où il n’y a absolument personne et on se dirige vers les quais déserts. On regrette face à nous les beaux trains que nous aurions tant voulu prendre pour venir jusqu’ici. Un gardien nous rappelle à l’ordre et nous interdit de passer nous faisant ainsi un tout autre accueil que ne l’aurait été celui des adorables Maliens.
Nous sortons du bâtiment puis nous repartons donc un peu plus haut, en passant d’abord devant l’ancienne mairie devenue un musée. Les bâtiments que nous rencontrons sont pour beaucoup de belles bâtisses du début du siècle coincées entre des immeubles plus modernes et sans saveur. Parfois l’architecture nous rappelle un peu Bordeaux et ses maisons aux toits peu inclinés, ses porches, son béton…




Enfin nous arrivons sur la place de l’Indépendance.
Elle s’étend sur plus de 200 mètres et est recouverte de grands arbres et à première vue d’aucun monument particulier.
Autour, elle est encerclée par de grands immeubles où se logent des banques bien connues, nous déracinent totalement de ce dont nous avions l’habitude à Bamako.


On voit bien à quel point Dakar est davantage imprégné par le monde et son commerce.
L’ouverture à la mer a, elle aussi, changé le comportement des gens : plus professionnels, plus stressés, et plus indifférents à autrui. Nous sommes pratiquement dans une grande ville occidentale, et nous ressemblons avec nos baluchons à des « indiens dans la ville ».
Cette sensation est assez marrante pour nous.



On apprécie quand même de ne pas être obligés de nous débarrasser de personnes cherchant à nous vendre quelque chose dont nous n’avons absolument pas besoin : parfums, chaussettes, bijoux…
Heureusement Yves a trouvé un ensemble d’astuces pour ne pas être trop embêté : une d’entre elles concerne les petits vendeurs de parfum. Si on nous propose un Chanel N°5, nous disons être intéressés seulement par le dernier « Chanel N°6 » créant un véritable vide dans leur tentative de vente car évidemment ce produit-là, ils ne l’ont pas.
On passe devant plusieurs autres bâtiments administratifs et on redescend vers le port.
Cette petite marche nous a fait du bien et nous montre l’écart de vie qui existe avec Bamako que nous connaissons bien maintenant.
Rien pourtant ne semble nous interpeller et nous donner envie de passer plus de temps dans ses faubourgs aussi tristes que ceux d’une capitale européenne.
Heureusement que la couleur de peau des gens et que le soleil nous rappelle que nous ne sommes pas encore rentrés là-bas.