Nous sommes donc de retour sur l’embarcadère.
On attend un peu avec les nombreux touristes qui se sont agglutinés sous le porche de la gare maritime.
On déguste de belles oranges et nous achetons un melon qui sent délicieusement bon. Leur provenance : le Maroc. Pour le coup nous sommes vraiment ailleurs.
Nos billets achetés, la chaloupe arrive enfin. On laisse naturellement sortir ses passagers (On n’est pas des sagouins quand même !) et on s’engage à notre tour sur le bateau. On est entourés de grands bateaux de marchandise.
Un super tanker devant nous est en calle sèche, un immense ferry « floridien » se cache derrière les dockers et des bateaux de pêche recouvrent l’ensemble des quais. Certains d’entre eux sont apparemment chinois et confirment ce fléau de la pêche asiatique sur les côtes africaines dont nous avions entendu parler.



Notre chaloupe s’appelle « Beer ». Nous devons sûrement être en Bretagne.
En tout cas, Yves a les papilles qui frétillent et se sent un peu plus chez lui.
Nous quittons doucement la baie et ce port qui sent un mélange de marée et de pétrole. Devant nous se trouve la fameuse île.
Elle n’est pas si loin que ça. Enfin pas de quoi faire la traversée à la nage tout de même.
On profite de l’air marin qui se purifie plus nous nous éloignons de la grande ville.


On finit, 20 minutes plus tard par arriver face à la petite baie de l’île de Gorée.
La vue que nous avons devant nous est celle d’une carte postale.
L’eau est turquoise. La plage entravée entre de long bras de rochers, est recouverte d’un beau sable fin.
Les maisons qui font face aux grands pontons sont bien celles dont on nous avait parlé.

Elles sont de toutes les couleurs et recouvertes d’une végétation méditerranéenne.
Pour le coup, on ne sait plus où on est. L’architecture pourrait bien être Andalouse ou Portugaise mais certainement pas typique du pays.
Où sommes-nous en réalité ?
Sur une île qui a un passé lourd de malheurs.
En réalité cette île est extrêmement connue pour son terrible passé. C’est de là que les colonisateurs européens faisaient partir les esclaves pour le nouveau continent.
Ainsi, elle est passée sous l’hégémonie de toutes les grandes nations du vieux continent qui y ont construit un véritable village de « stockage » et de « reproduction » pour ces Africains voués à la servitude et à la longue traversée de l’Atlantique.
On prendra le temps de mieux comprendre cela par la suite.
Pour le moment nous sommes un peu fatigués par le voyage qui a précédé.
On se pose à la terrasse d’un petit restaurant face à la mer. On y déguste un bon repas et une bonne glace. On ne va pas se priver non plus dans un si bel endroit.
Puis la chaloupe de 16 heures arrive enfin. A son bord, Tchotcho et Nadia qui nous ont rejoints. Nous allons ensemble sur un bout de plage près du fort pour goûter un peu l’eau de mer et nous détendre.


C’est là qu’on apprécie beaucoup l’hiver à l’Africaine. Être sur une plage et se baigner dans l’eau est un luxe en plein mois de janvier.



Puis on repart visiter un peu, histoire de mieux apprécier l’ambiance locale.
On prend notre temps. A vrai dire on a tous les trois une idée derrière la tête.
En fait on pense tous à ne pas quitter cette île et à y revenir dès que possible pour nous permettre de faire le break après notre grande aventure. Le calme de l’île et son patrimoine peuvent nous occuper pendant quelques jours et nous permettre de mieux digérer tout ce que nous venons de vivre pendant plus de 4 mois.
A l’heure qu’il est, l’île s’est progressivement vidée de ses derniers touristes. L’ambiance a donc changée et bizarrement les jeunes sont sortis de nulle part. On y joue au foot, on chante. Le centre-ville s’est donc transformé en une immense zone de jeu où un gros baobab est en plein milieu du terrain de foot. Ça n’a l’air de déranger personne.
On marche donc en direction du vieil hôpital d’où nous parviennent des rythmes de djémbé. La bâtisse est désaffectée, mais les jeunes du village semblent l’avoir adoptée.




Pendant que les tout-petits dévalent les couloirs sur un vieux lit médical à roulettes, des jeunes sont dehors face à la mer, et jouent de toutes leurs forces sur des djembés et tambours de toutes tailles. À côté, des filles dansent et répètent une chorégraphie qu’elle semblent avoir préparée pour leur plaisir. En fait il n’y a aucun touriste à impressionner. Ils sont là pour eux, pour s’amuser ensemble.
On se pose là à les regarder un long moment.
On apprécie vraiment cette vie si improbable au milieu de nulle part et cette joie de vivre. Puis on continue notre marche vers les hauteurs de l’île.





On passe ainsi dans les petites ruelles escarpées du village historique et on commence à monter sur l’unique chemin qui va en haut de la colline.
Au milieu il y a un grand monument moderne symbolisant sûrement l’abolition de l’esclavage. À vrai dire ça ne ressemble à rien. On apprécie la structure mais pas sa place ici.
Puis on s’approche du bord.

Sur notre gauche : Dakar qui s’illumine doucement avec la tombée de la nuit. Et derrière nous une vue imprenable sur toute l’île dont nous parviennent toujours les chants rythmés du vieil hôpital. Nous sommes sur une immense plaque de béton qui va d’un côté à l’autre de la colline.
En réalité c’est un gigantesque bunker des première et seconde guerre mondiale.

Les français l’ont ainsi faite pour protéger l’embouchure de leur grande colonie de Dakar et du Sénégal. On voit ainsi apparaître sur chaque bord des abris anti-aériens, des bunkers de D.C.A, et sur la partie sud de l’île un immense canon de marine. L’engin est presque intact et les fûts font au moins 10 mètres de long.
On passe un certain temps à l’étudier et Yves finit par en trouver la date et le calibre. Il s’agit donc d’un canon de 240 mm daté de 1912. Des vieux qui se trouvaient là, nous expliquent qu’il n’a servi qu’une seule fois pour couler un croiseur anglais lorsque l’île était sous la direction de Vichy et que les FFL tentaient de reprendre Dakar. Peu de temps après, la garnison se rendit et l’immense complexe militaire ne resservit plus jamais.
Encore un vestige historique qui marque ce petit bout de terre au milieu de l’océan.
On profite du vent du large qui nous décoiffe un peu puis c’est l’heure de rentrer avec nos charmantes accompagnatrices. Elles sont vraiment étonnantes et ce sont encore de belles rencontres dans notre grande expédition.


On retrouve sur l’embarcadère le « Beer » qui nous attend sagement.
On repart dans la nuit en quittant derrière nous notre belle île qui s’endort doucement.
Ce n’est pas grave, ce n’est que partie remise car nous reviendrons demain.