Après quelques formalités dans la ville nous repartons vers notre belle île de Gorée.

Nous sommes allégés de nos affaires que nous avons laissées dans un endroit sûr dont nous vous parlerons plus tard.
On a juste de quoi dormir et dessiner.
Parfait pour passer de vraies vacances.
On retrouve donc le « Beer », la traversée et la baie de l’île.
Ça y est, nous y sommes. Elle commençait déjà à nous manquer.
Cette fois-ci on n’attend pas longtemps pour se poser sur la plage.
Ce sera notre rendez-vous journalier. Incontournable dans ce beau décor.


La température n’est cependant pas celle de Bamako et il ne fait pas plus de 25 degrés.
Mais on ne va pas se plaindre quand on sait ce qui nous attend dans quelques jours.
On s’allonge puis on commence à « croquitter ». Chacun part dans son coin pour profiter du calme, du bruit de la mer et pour se plonger gentiment dans son dessin.
Le coucher de soleil est magnifique. Il donne une couleur unique à cet environnement déjà si coloré.


On finit par s’éloigner au point de ne plus se voir. Ce n’est pas grave car l’île ne fait que 900 mètres de long et on ne mettra pas longtemps pour se retrouver.
On se rejoint donc quand nos estomacs commencent à crier famine. Bizarrement au même moment pour nous trois. On va dans un petit restaurant dans le centre du petit village.
On y mange du bon poisson grillé.
Puis avec notre paquetage réduit, nous montons vers les hauteurs. Là-bas nous savons où passer la nuit.
Vico avait la veille rencontré un Rasta fort sympathique qui nous proposait de nous loger dans une tente pour 6000 francs CFA (9 euros), autant dire rien du tout. Le tout situé sur son bunker face à la mer. Le paradis pour nous.
On arrive devant son « chez lui ». Il se nomme Sidi et il est assis à coté de ses amis à discuter quand nous entrons dans le bunker.



Il nous emmène à la tente qui se trouve au-dessus, avec une petite table pour manger et une chaîne hi-fi qui nous balance du super jazz.
Ces gens sont étonnants et nous n’avons qu’une hâte de mieux les connaître.
Avant de se coucher on retourne à notre canon favori. On y passera un long moment à regarder la mer obscure, les supertankers et les pétroliers qui attendent à l’abri de l’île leur autorisation de rentrer dans le port de Dakar.


C’est agréable et quand quelqu’un passe tout près, nous entamons de belles discussions avec ces gens qui ne ressemblent en aucun point aux Dakarois.
On se serre un peu dans la tente prévue pour deux personnes, et on s’endort comme des bébés. Au petit matin on est parés pour aller voir le lever du soleil.
On est déjà postés sur le bout de l’île pour apprécier les premières lueures du jour.




Puis on récupère notre matériel à dessin. On va d’abord manger un bon petit déjeuner dans le village. Au menu : baguette de pain, confiture, beurre et chocolat chaud. Une configuration gastronomique qui nous manquait un peu.
Encore du plaisir.
Puis on s’éparpille encore avant de se retrouver pour visiter la Maison aux Esclaves.
Sans doute le lieu le plus fort de l’île.
On rentre et on attend que le guide arrive. C’est un vieil homme qui, après l’arrivée de chaque chaloupe, ressort le même discours. Un discours fort d’émotion et de détails sur cette tragédie qui a touché l’Afrique. Cet esclavagisme dont nous vous avions parlé et qui emmena 15 millions de personnes vers les Amériques. Ces esclaves qui partaient de bases situées sur l’Afrique de l’Ouest et Occidentale et de cette île si réputée.




On est consternés par ce qui s’est passé ici.
On peut remarquer au bout de la bâtisse, une porte qui donne directement sur la mer. Les vagues se déchaînent à ses pieds. C’est « La porte du voyage sans retour ». On comprend alors un peu mieux cet épisode sombre de l’histoire européenne qui fit comme sous l’ère nazie une véritable exploitation de la race Humaine, en déportant, reproduisant les « races dites fortes », et en exterminant les « faibles ».
C’est un endroit dont on sort tout retourné et c’est le but escompté.
Il sera difficile de se balader sur ce petit bout de terre sans y penser maintenant.
On retourne donc au bunker de Sidi pour manger un bon plat que sa femme nous a préparé.
C’est donc toute une famille qui vit ici. Dans ce vieux bunker anti-aérien que Sidi a retapé il y a 20 ans de cela. Maintenant à la place de l’arme meurtrière, se trouve un palmier, et les range-munitions servent pour entreposer ses plantes. L’intérieur est une vraie petite maison et la terrasse lui sert d’atelier pour faire ses peintures.
Car ici tout le monde semble être artiste. Tout le monde sculpte, tout le monde peint et tout le monde s’instruit.
On ne met pas longtemps à s’en rendre compte quand on discute avec n’importe quel habitant de l’île. Ils sont très au courant de ce qui se passe sur le continent et dans le reste du monde. Car quand ils ne peignent pas, ils lisent ou écoutent la radio.


Nous apprécions énormément cette situation.
Une île qui nous semblait abandonnée à des gens coupés du monde et vouée à accueillir les vagues de touristes, est en réalité un petit coin de paradis, qui a accueilli des intellectuels, des penseurs à leur manière, des gens simples et discrets.
Sidi nous renvoie d’ailleurs vers le fameux canon où nous pouvons aparemment entrer et pénétrer dans ses nombreuses salles blindées. Dedans nous devons y retrouver quelques-uns de ses amis rastas qui ont investi les lieux pour y jouer de la musique et y peindre à l’abri des touristes. On y va de ce pas.




On entre pas le dessus, dans les écoutilles supérieures du canon.
Puis deux étages plus bas on arrive à la base de l’immense arme.
Rien ne semble avoir disparu, et si les canons n’avaient pas été creusés sur leur extrémité, on imagine bien que ces engins pourraient encore servir.
Maintenant c’est devenu un bel abri pour des gens qui vivent dans plusieurs chambres de 12 mètres de long.
On avance dans les long couloirs bétonnés, pour arriver sur les salles qui devaient sans doute abriter les munitions, puis sur la salle des machines.
On sort enfin par une petite porte située face à la mer. On aura trouvé personne à cette heure-là. Tant pis ce fut encore une balade étonnante.
On n’a plus qu’à aller à la recherche de belles maisons à dessiner.



On s’enfonce de nouveau dans la vieille ville que vous devez bien connaître maintenant.
On s’assoit au milieu des fleurs et des baobabs. On profite du soleil qui nous chauffe doucement la peau et on apprécie aussi le bruit de la mer qui résonne sur les murs des vieilles maisons coloniales aux milles couleurs.





On est bien là ! comme dirait l’autre. On est bien !
Puis la nuit retombe et on rentre.
On goûte les fameuses « pastelles » du pays (plat typique sénégalais) et on se retrouve de nouveau sur le bord du bunker pour scruter la nuit qui tombe et la mer un peu agitée.
Au matin on savoure nos derniers instants ici.
On reprend nos petites promenades pour ne pas en manquer une miette.



Les rastas qui sont ici et là à peindre et les petits vendeurs de colliers semblent nous connaître maintenant. On fait désormais un peu partie du paysage. Il est temps pour nous aussi de repartir. On a bien apprécié ce moment de détente dans cet univers si atypique et si agréable.
On fait une dernière visite, celle du vieux fort qui se referme sur la baie. A l’étage de celui-ci les canons de l’ère napoléonienne semblent bien placés pour couvrir tout l’horizon. Nous sommes encore à une autre époque. Mais pour nous c’est le moment de partir. Encore une aquarelle ou deux et on y va.





On repart sur la belle chaloupe qui braille à coup de klaxon son départ de l’île.




On quitte tout ça le sourire aux lèvres comme à l’aller. Comme si le temps s’était arrêté pendant quelques jours après avoir passé 4 mois bien mouvementés.
C’est la transition du retour qui commence.
La France n’est plus si loin.
On rentre doucement vers Dakar. Nous avons un rendez vous.
En tout cas nous sommes tombés amoureux et nous reviendrons ici un jour.