Pour terminer notre grande aventure et notre petit passage à Dakar, il s’agissait quand même de parler un peu de choses sérieuses et donc un peu de travail. Principalement il s’agit d’un élément dont nous avons été toujours soucieux dans notre projet : la « relève » qui va nous remplacer l’an prochain.
À Dakar il y a une deuxième école dont Strate Collège est aussi partenaire comme pour le Conservatoire de Bamako.
Cependant après dix ans d’échanges, cette année fut stérile puisqu’aucun étudiant français n’a choisi cette destination.
Nous voulions ainsi profiter de notre passage au Sénégal pour représenter l’école, montrer que l’échange est toujours bien d’actualité et surtout pouvoir revenir avec des images et des informations nécessaires pour convaincre les futurs « 4ème année » de se joindre à ce partenariat.
Car dès notre retour, chaque étudiant ayant goûté aux fameux échanges internationaux, est chargé de présenter un petit exposé de son voyage devant toute sa promotion ainsi que celle de l’année inférieure, future concernée.
L’objectif est de promouvoir chaque destination. De donner envie et d’informer les 3ème année qui comme nous l’an passé, sont un peu déboussolés par cette fabuleuse expérience.
Nous n’allons pas être déçus par notre visite à Ecopole.
Nous prenons donc contact avec eux après que Yves ait perdu malgré lui, plus de deux fois le numéro de téléphone de l’école.
On arrive enfin à s’y rendre. L’école est située dans un bidonville de Dakar non loin de la grande Mosquée.

Ça bouge dans le quartier. Ça sent une odeur de pourriture et d’épices que nous avons déjà rencontrée dans les marchés marocains. De gros camions de marchandises de couleur jaune évidemment sont stationnés devant l’institution.




Nous passons le portique et nous nous présentons à l’établissement.
Nous n’étions pas attendus mais ce n’est pas grave. Ni une ni deux, nous sommes accueillis comme des rois. On nous installe dans une salle, avec Internet et tout le tralala en attendant la direction qui ne devrait pas tarder à arriver.
Puis tout le monde nous salue en arrivant fièrement à l’école. C’est enfin au tour de Zéna, que nous attendions, de venir vers nous.
C’est la directrice adjointe de la Maison. Elle nous embrasse avec plein d’énergie, montrant que nos deux établissements partagent vraiment des rapports très amicaux.
Elle nous accueille ensuite dans son bureau pour discuter.
Elle est ravie de notre visite ici. C’est totalement réciproque.
Elle commence alors à nous parler de l’établissement que nous sommes venu découvrir.
En réalité ce n’est pas une école, mais une institution qui combat « la pauvreté ».
« L’Ecopole est née d’une décennie de luttes menées avec ENDA : celle des bidonvilles des grandes cités Africaines, de multiples groupes de bases ( jeunes, femmes, petits métiers, artistes...), d’associations, de municipalités et de plusieurs administrations – contre la pauvreté, pour un environnement meilleur et pour une citoyenneté effective.
Ce qui bouge dans la ville, ou dans d’autres, l’Ecopole s’en fait l’écho.
Elle expose, crée, débat et redistribue. Lieu de contact, de production, de formation, d’échanges multimédia, elle se veut, par rapport à l’économie populaire, une « caisse de résonance » et une instance d’appui multiforme et évolutif ».
Voilà les grandes lignes de son discours. Il sensibilise tout le monde qui l’écoute. On a à faire à une boîte qui fonctionne et qui bénéficie de pratiquement 40 années d’expérience. Aujourd’hui elle se déploie dans plus de 13 sites à travers le monde et ses locaux à Dakar en représentent le siège.
C’est totalement incomparable avec le Conservatoire de Bamako.
Quand celui-ci est naissant, encore aseptisé par l’aide gargantuesque de l’Union Européenne dont il a du mal à tirer la qualité d’une véritable formation internationale, ENDA Tiers-Monde quant à elle, est autonome, efficace et lucide quant à ses objectifs tout en fonctionnant avec le minimum. Evidemment ça charme quiconque s’y intéresse, surtout nous qui avons dû tant nous battre à Bamako pour mettre en place des choses qui, ici, sont des évidences.
C’est en tous cas très intéressant pour nous et encore plus pour ce qui pourra être fait entre Bamako et Dakar dans le futur. À première vue, l’échange avec l’Afrique et ces deux établissements ne peut être que plus fort l’an prochain.
Cependant nous ne pourrons pas rester plus longtemps ici.
Comme nous choisissons bien nos moments pour arriver à l’improviste, celui-là est pour l’école le moment de partir en manifestation. Une manifestation contre les fameux APE (Accords de Partenariat Economique).
Des APE dont personne n’a entendu parlé en Europe et dont tout le monde s’inquiète en Afrique.
Et pourtant c’est bien l’Europe qui les a proposés. Le principe : faire des accords économiques privilégiés avec des pays d’Afrique en supprimant entre autres les taxes douanières pour soit-disant faire davantage mûrir la croissance réciproque. Seulement, bizarrement, l’Afrique du Sud et le Sénégal qui sont parmi les économies les plus fructueuses d’Afrique ne l’entendent pas de la même oreille. Ils sont apparemment suffisamment développés pour voir l’arnaque arriver à leurs portes. Leur économie encore trop fragile ne résisterait pas un seul instant aux déferlantes de produits manufacturés européens, plus modernes, mieux conçus, mieux organisés… les conséquences seraient ainsi désastreuses pour tout un continent qui peine déjà à s’en sortir.
Nous ne dirons pas le contraire, nous qui avons vu à Bamako ce dont était capable Total ou Orange apparemment en quelques années. Etouffer toute la concurrence.
Petit aparté de politique économique pour dire un peu ce qui se passe ici.
Evidemment nous soutenons cette révolte. Mais malheureusement nos petites têtes de « blancs » ne pourront prendre le risque si près du grand retour, de se glisser dans la manifestation prévue cet après-midi.
Nous compatissons totalement en tout cas.
Donc petit break de deux jours entrecoupé par l’aventure sur la fameuse île pseudo bretonne dont vous connaissez déjà les récits, avant de revenir à Ecopole.

Nous sommes donc de retour à ENDA après un bon moment de repos à Gorée.
Cette fois-ci, Zéna doit nous faire visiter les locaux et les activités qui se déroulent à ENDA.
Un des intervenants nous prend sous son aile et nous emmène pour la visite.

On passe d’abord dans les locaux administratifs, de réunion, les salles polyvalentes et bien sûr nous arrivons vers les ateliers.
Ces ateliers sont au nombre de quatre aujourd’hui quand ils étaient onze il y a quelques années. La cause est un remaniement du rôle de l’établissement qui, pour cause de budget ne forme plus de manière active les jeunes des quartiers défavorisés à des métiers d’artisanat et de récupération.
En revanche, elle leur propose des locaux pour leurs ateliers et leur permet de s’autogérer : formation entre eux des jeunes, appui logistique et soutien pour réaliser des commandes avec l’extérieur.
Nous sommes impressionnés par leur production.
On entre ainsi dans le premier atelier. Celui-ci réalise un travail à base de feuilles d’aluminium. Celles-ci proviennent des usines d’agro-alimentaire du port de Dakar, et sont des impressions de packaging loupées. Ici elle retrouveront une nouvelle vie sous forme de petites créations que nous avons tous déjà vues. Elles seront revendues aux touriste de passage à Dakar voire même exportées en Europe dans des marchés.


Le deuxième atelier est un atelier de poterie. Chaque pièce produite est unique.
Le suivant est un atelier de fil de fer. C’est vraiment impressionnant. Les objets représentés le sont tout autant. En plus du fameux vélo et de la moto en fil de fer, il y a là des saxophones et des bustes de personnage grandeur nature, ou encore des lustres destinés à des commandes privées.



Enfin le dernier atelier est un atelier travaillant avec les bouchons en métal de nos fameuses bouteilles de soda. On crée ici des boîtes, des dessous de plat, des mallettes…




C’est vraiment très créatif et de grande qualité.
La visite ne s’arrête pas là.
On nous présente désormais un bâtiment en construction : c’est la future cantine du quartier financée intégralement par les actions de ENDA Tiers-Monde. À côté se trouvent les futurs locaux informatiques destinés à la formation multimédia de certains jeunes du quartier.


Maintenant nous sortons de l’enceinte d’Ecopole.
Car vous l’avez bien compris, son action ne se passe pas intégralement entre ses murs mais bien au-delà. En effet elle travaille sans cesse avec tout le bidonville qui l’entoure car son objectif est que sa propre activité rayonne sur tout le quartier.
Nous ne mettons pas longtemps à en réaliser sa totale réussite.
On nous montre la présence de route goudronnée, d’atelier d’artisanat, de centre de récupération des déchets pour leurs activités, d’une école pour jeunes et pour adultes qui y viennent spontanément. Tout cela est arrivé là, grâce à Ecopole.





Nous sommes enchantés.
Tous ces artisans à proximité qui ont totalement compris le rôle de la création pour s’en sortir est un véritable aubaine. Avec un tel contexte de travail, nous ne pouvons qu’imaginer le nombre de projets intéressants qui pourraient être organisés par les futurs étudiants de Strate Collège ici.
De plus la considération de la récupération que nous avons tenté vainement de mettre en place au conservatoire de Bamako est la base du travail artisanal ici.
Nous sommes vraiment heureux de cette visite.
Nous repartirons avec encore plus de choses à raconter et de bonnes raisons pour que Strate se tourne un peu plus vers l’Afrique.
Nous finirons notre journée dans l’enceinte de l’institution qui nous accueillera jusqu'à notre départ pour l’aéroport dans la nuit.
Nous sommes une nouvelle fois très heureux de ces rapports qui existent entre nos écoles. Nous sommes aussi enchantés par la manière dont cela s’anime et la direction positive vers laquelle tout le monde semble s’engager.
Nous terminons en quelque sorte notre travail ici, si on peut dire cela. Avec une dernière rencontre fructueuse pour nos petites têtes.
Nous espérons en tout cas que l’année qui va venir, sera amplifiée de tout ce que nous avons tenté de commencer. Nous leur souhaitons en tout cas bon courage.